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Mobile Suit Gundam: author's cut
Mobile Suit Gundam : Awakening, Escalation, Confrontation
Tentative d'analyse d'une version bien (trop) peu connue d'un monument incontournable



Gundam est un peu le Saint Graal de l'animation japonaise : tout le monde en a entendu parler mais peu de monde sait de quoi il s'agit réellement. Juste un animé de méchas comme un autre pour les spectateurs les moins avertis, il reste pour certains le fondateur d'un genre, l'héritier de la tradition classique des écrivains de Science-Fiction de l'Age d'Or américain des années 40 qui donna au genre ses lettres de noblesse, alors que pour d'autres c'est carrément une révolution des mécanismes de construction et de narration propres aux animés, une des pierres angulaires du dessin animé moderne. Pourtant, bien peu savent que l'idée originale de Tomino est dans sa globalité bien différente de la version animée, qu'elle reste beaucoup plus adulte, lucide, et simplement humaine.

C'est bien de celle-ci, dont Tomino fit son premier un roman il y a plus de 25 ans, qu'il est question dans cet article.


L'univers de Gundam :


20 Juillet 1969 : Le programme Apollo de la NASA est enfin parvenu à envoyer des êtres humains sur la Lune. C'est la première empreinte du pied de l'Homme sur la surface de notre satellite, et aussi la première marque de l'aube du Siècle Universel.


La surpopulation boulimique dépouille toujours plus la Terre de ses ressources en provoquant une détérioration dramatique de l'environnement et l'impasse se profile à l'horizon malgré l'unification des nations en une Fédération hégémonique et autoritaire qui s'avère impuissante à juguler le problème. Alors on ne s'embarrasse pas de sentiments et on balance tous ces parasites dans l'espace. Sans leur demander leur avis bien sûr. Les précaires, les défavorisés, les survivants du Tiers-Monde, ceux qui dérangent la bonne morale mais aussi, surtout, ceux qui gênent l'ordre en place : les cas sociaux, les fous, les truands, les contestataires, les déviationnistes... L'élite joue de ses relations pour rester sur Terre, maintenant bien confortable. Les autres sont entassés dans des colonies appelées Sides issues de la technologie du tourisme spatial et qu'on fabrique à partir de cailloux extraits de la Lune, ou remorqués depuis la ceinture d'astéroïdes ou d'ailleurs. Car on prend ce qu'on trouve et on ne fait pas trainer les choses : si on se presse suffisamment, ils n'y verront que du feu. Les mécontents sont vite remis dans le droit chemin, à coups de fusils et de rangers. Pour éviter que les générations futures ne nous traitent trop fort de bouchers, on décrète un nouveau calendrier, histoire de maquiller le drame en révolution une fois de plus : on l'appellera Universal Century.


À gauche : UC 0001, des iles en construction à Side 3 : les colonies spatiales devaient résoudre le problème de l'explosion démographique, mais personne n'aurait pu prédire qu'elles engendreraient le nouveau conflit.
À droite : Novembre UC 0028, émigrants vers la Haute Orbite : Au bureau du département de l'émigration, Vénézuela.


Et pourtant c'en est bien une de révolution, de ce genre que les dirigeants remarquent toujours trop tard. Après tout, ces colons forcés sont les constructeurs de la nouvelle frontière : ils ne peuvent pas être aussi insignifiants que ce qu'on veut le leur faire croire. Alors qu'un peu moins de la moitié de la population humaine vit désormais dans l'espace, des courants de pensée, des mouvements intellectuels se développent. Ainsi, la philosophie d'Elsem affirme que la race humaine devait quitter la Terre, berceau de la vie, afin de la laisser immaculée. Plus tard, Zeon Zum Deikun s'appuie sur la pensée d'Elsem pour fonder sa propre doctrine socio-politique qu'il appelle contolisme : ce mélange de ere-isme (la sainteté de la Terre) et de side-ism (la suprématie coloniale) stipule que les colonies de l'espace ne sont pas un remplacement pour la Terre mais un nouveau point de départ pour l'Humanité, que celle-ci dans son intégralité doit quitter la planète et chaque colonie être une nation indépendante. Un compromis trop intelligent pour plaire à ceux qui gouvernent. Alors Deikun fuit jusqu'à Side 3, la colonie la plus éloignée de la Terre, où il fonde la République de Zeon qui déclare son indépendance sous la protection de sa propre Garde Nationale nouvellement constituée. C'en est trop ! Mais comment faire rentrer dans le rang cette colonie dissidente sans de nouvelles effusions de sang qui terniraient l'image de progrès du Siècle Universel ? Après de longues tergiversations d'autant plus ralenties par les lourdeurs procédurières, on choisit l'embargo économique. On en profite aussi pour durcir la politique vis-à-vis des autres colonies, au cas où l'exemple de Zeon leur donnerait des idées, et on entame un programme d'armement dissuasif : une flotte de guerre spatiale est mise en chantier alors que l'exploitation minière de l'astéroïde Luna II est transformée en forteresse orbitale...


À gauche : Juin UC 0018, Space Mag : Un magazine de l'époque reportant la naissance du millionième spacenoid à Side 2. Après l'indépendance de Zeon, la mention "monde colonial" disparut de la couverture du magazine.
À droite : UC 0034, L'archipel : Photographie de commémoration de l'achèvement de Side 2 (Hatte) prise pour l'information publique.


Mais les contolistes refusent encore de s'aligner et contre toutes attentes Side 3 parvient à une quasi-autarcie : Deikun attribue cette réussite à la supériorité des habitants de l'espace. Car il croit que de la colonisation spatiale émergera le chaînon suivant dans l'évolution de l'Humanité, le newtype, une race pleinement adaptée à ce nouvel environnement, dont la dextérité technique et la perception vont bien plus loin que ceux des humains normaux, un individu dont l'intuition supérieure lui permet de mieux comprendre son prochain. Dans l'avenir qu'envisage Deikun, la guerre n'existe plus. Mais le ver est dans le fruit : quelques années après l'indépendance, Deikun meurt subitement d'une maladie mystérieuse. Un assassinat, murmure-t-on dans les coulisses en désignant discrètement un coupable : Degwin Sodo Zabi, l'homme le plus proche de Deikun, celui-là même qui a financé la révolution de Side 3, lui aussi un leader charismatique mais aussi un fin stratège. Deikun lui aurait confié les rênes de Zeon avant sa mort. Après 3 ans de purges politiques visant principalement les partisans de Zeon Zum sous les yeux d'une Fédération impuissante et consternée, la République est abolie et devient Principauté : Zabi en sera le Souverain, épaulé par son fils ainé, Gihren, autre acteur majeur de la révolution mais aussi, surtout, des "réorganisations" sociales et politiques qui s'ensuivent au cours desquelles il tisse un puissant réseau d'alliances en prévision de son propre coup d'état. Le joug du totalitarisme s'abat sur Side 3. Jimba Ral, figure centrale de l'ancienne faction de Deikun, fuit sur Terre en emmenant avec lui les enfants de Zeon Zum, le jeune Caspal Rem et sa petite sœur Artesia Som : ils seront élevés dans la haine de la famille Zabi, comme derniers instruments d'une révolution avortée...


À gauche : Octobre UC 0068, les funérailles : Zeon Zum Deikun, créateur du contolisme et fondateur de la République de Zeon, décéda en Octobre 0068. Le cliché montre quelques proches restant sur le site de l'enterrement après la cérémonie de funérailles.
À droite : Janvier UC 0079, les Zabi : portrait d'une famille qui poussa la tyrannie jusqu'à l'holocauste.


Gihren Zabi s'octroie le titre de Supreme Commander des forces militaires de la Principauté. Il se fera aider dans cette tâche par sa sœur Kycilia et son frère Dozle ; seul Garma, le cadet de la famille, est trop jeune pour recevoir de réelles responsabilités mais sa popularité auprès du peuple de Zeon fait de lui un outil de propagande efficace, souvent contre son gré d'ailleurs. D'une intelligence supérieure et puissamment charismatique mais aussi mégalomane au dernier degré, Gihren va jouer sur tous les tableaux pour donner à la Principauté la puissance militaire nécessaire à la réalisation de son rêve de l'Humanité idéale. D'abord son père jadis usurpateur est définitivement réduit à l'état de la marionnette qu'il a toujours été, souverain de façade renversé par une nouvelle génération d'intrigants dont son fils aîné est le leader de l'ombre. Puis un ambitieux programme de développement technologique est amorcé sur la base des théories révolutionnaires du physicien Y. T. Minovski dont l'institut spécialisé est installé à Side 3 depuis plus de 20 ans alors que le Supreme Commander fait un discours à la population de la Principauté en proclamant sa théorie de la Race Maître, une odieuse déformation des idéaux contolistes : accusant la démocratie d'avoir laissé le libéralisme économique détruire la Terre à travers une industrialisation à outrance qui a forcé la colonisation de l'espace, soulignant la faiblesse de la Fédération alourdie par une bureaucratie toujours plus prépondérante et corrompue mais aussi responsable des pressions économiques assénées sur les habitants de l'espace, il impose au peuple de Zeon l'idée que les spacenoids constituent la race supérieure à laquelle échoit le privilège de gouverner la sphère humaine. Les contestataires sont réduits au silence par tous les moyens ; seule une poignée parvient à s'enfuir mais dont les déclarations à la presse ne sauront pas décider la Fédération à agir. Des airs de déjà-vu en somme.


À gauche : Juin UC 0071, propagande active : Gihren Zabi dans un de ses nombreux discours de manipulation de l'opinion publique. Comme la plupart des tyrans, il prit une part très active à la propagande assurant la perpétuation de la monarchie.
À droite : Décembre UC 0078, les assassins : Ce cliché fut retrouvé dans les fichiers des services secrets de Zeon après la guerre. Sont représentées ici les personnes impliquées dans la tentative d'assassinat de Gihren Zabi, qui échoua. Tous furent condamnés à mort par une cour martiale et fusillés sur place immédiatement après le procès.


Maintenant jeune adulte, Caspal Rem Deikun rejoint Side 3 sous l'identité de Char Aznable créée de toutes pièces par des anciens partisans de son père restés à Zeon : pour mieux se rapprocher de la famille Zabi et trouver ainsi l'occasion d'accomplir sa vengeance il s'engage dans l'armée de l'état totalitaire ; à l'Académie Militaire, il se lie d'amitié avec Garma Zabi. Sa sœur Artesia aussi rejoint l'espace, sous l'identité de Sayla Mass, mais quelques années plus tard et à un tout autre endroit : le chantier fédéral de Side 7 a besoin de techniciens, elle y trouve là ce qu'elle considère comme une bien meilleure occasion d'honorer la mémoire de son père, convaincue qu'il n'aurait pas apprécié cette obsession pour la vengeance. Le destin réunira le frère et la sœur dans des circonstances tragiques. Et la course à la technologie se poursuit toujours : la physique Minovsky permet à présent l'élaboration de nouveaux dispositifs révolutionnaires qui rendent désormais obsolètes les tactiques militaires conventionnelles. Chaque pas en avant rapproche Zeon de la suprématie de sorte que la Fédération finit par réagir mais avec un temps de retard considérable : ses dirigeants ne croient pas vraiment aux innovations technologiques de la Principauté qui a su dissimuler le véritable potentiel de ses réalisations, aussi leurs projets traînent, balbutient, s'égarent alors que les premiers émigrants arrivent à Side 7 et que Zeon proclame la mobilisation générale. Le 03 janvier 0079, l'Humanité bascule dans l'effroyable holocauste de la Guerre d'Un An.


À gauche : Décembre UC 0070, le Docteur Y.T.Minosky : Comme une inévitable conséquence de ses théories, à commencer par les mobile suits et autres systèmes de combat, émergea la véritable nature de l'ère spatiale du Siècle Universel.
À droite : Mai UC 0070, la naissance des mobile suits : La fusion révolutionnaire de deux concepts, les véhicules manœuvriers orbitaux et le système AMBAC, engendra la machine anthropomorphique géante avoisinant les 20 mètres.


Zeon positionne ses troupes et déclare la guerre à la Fédération : trois minutes après, les défenses de Luna II sont oblitérées par la flotte de la Principauté. C'est le début de cette période du conflit appelé Guerre d'Une Semaine durant lequel Zeon mène des attaques surprises contre les colonies de Side 1, 2 et 4 dont les populations sont massacrées à coups de bombardements nucléaires, bactériologiques et chimiques. Le détournement d'une colonie spatiale de son orbite vers la Terre, l'Opération British, anéantit New York et provoque de dramatiques bouleversements climatiques sur l'ensemble de la planète, en particulier les régions agricoles d'Amérique du Nord, garde-manger principal des earthnoids. Side 6 déclare sa neutralité. Les forces fédérales survivantes se rassemblent à Side 5 pour mener une contre-offensive mais la Bataille de Loum verra leur flotte écrasée et ses meilleurs éléments décimés. Le commandant en chef de la flotte fédérale, le Général Revil, est fait prisonnier. Alors que les soldats de la Fédération sont en pleine débâcle, un grand nombre de jeunes et talentueux pilotes de Zeon sont honorés comme as, surtout pour servir la propagande de la Principauté mais qu'importe : l'un d'eux, un certain Char Aznable, y gagne le surnom de "Comète Rouge" qui terrorisera bien des soldats... En à peine moins d'un mois, le conflit a exténué les deux camps et anéanti la moitié de la population humaine, soit plus de 5 milliards de victimes.


À gauche : 15 Janvier UC 0079, la bataille de Loum : Un vaisseau fédéral subissant une attaque-éclair par des MS Zaku, une nouvelle arme de Zeon. Cette bataille détruisit l'ancien équilibre des forces entre la Fédération et Zeon. Ce fut le début d'une nouvelle ère de la guerre spatiale.
À droite : Janvier UC 0079, cérémonie de remise des médailles : À la Bataille de Loum, de nombreux pilotes se distinguèrent dans des actions d'éclat et beaucoup d'entre eux furent honorés comme as. Mais cette action de propagande n'était que la preuve de la condition d'épuisement de Zeon qui avait perdu de nombreux vétérans depuis l'Opération British.


Fin janvier, la Fédération demande une trêve et les deux état-majors se retrouvent à la base fédérale de l'Antarctique pour négocier l'armistice. C'est à ce moment que le Général Revil parvient à s'évader et prononce un discours public qui aura une influence décisive sur l'avenir de la guerre : il affirme que Zeon est épuisé, que leurs ressources sont extrêmement limitées et qu'ils n'ont personne digne d'être considéré comme un vrai combattant. Son témoignage galvanise le moral des troupes fédérales en leur faisant entrevoir une issue. Alors les pourparlers de paix tournent court et l'armistice devient le Traité Antarctique qui interdit pour la suite des événements l'usage des armes de destruction massive tout en assurant une non-agression mutuelle des missions de collecte et de transport d'Hélium 3 ainsi que la neutralité de Side 6 et des cités lunaires. Mais en réduisant le champ des options stratégiques, cet accord donne l'avantage à Zeon dont les plans reposent essentiellement sur cette supériorité technologique qui leur a déjà assuré la suprématie durant la Bataille de Loum. De plus, les bouleversements climatiques consécutifs à l'Opération British perturbent les appareils de détection des troupes fédérales en laissant ainsi le champ libre aux forces d'invasion de la Principauté : une semaine après la signature du Traité Antarctique, Zeon commence son assaut de la planète. Cette Force d'Attaque de la Terre est dirigée par le jeune Garma Zabi dans l'ombre duquel rôde toujours Char Aznable.


À gauche : Janvier UC 0079, cessez-le-feu : Au moment où le Traité Antarctique était signé, des rumeurs circulaient parmi les soldats des deux camps que le conflit touchait à sa fin.
À droite : Janvier UC 0079, raid aérien.


En l'espace de quelques mois, les défenses de la Fédération sont balayées. D'abord en Asie Centrale où Zeon s'empare de l'astroport de Baikonour avant de se diriger vers la Mer Caspienne pour s'approprier le gigantesque complexe industriel de Odessa et entamer l'offensive sur l'Europe et le Moyen-Orient. Puis sur l'Amérique du Nord pour s'emparer à la fois des complexes militaires industriels mais aussi des réserves de nourriture et surtout de la Base Californie qui servira de centre névralgique pour le reste des opérations ; aussitôt conquises, ces positions sont converties en centres de production entièrement dédiés à l'effort de guerre. Ensuite, les îles les plus importantes d'Océanie sont occupées pour l'obtention de ressources ; à ce point du conflit, Zeon a complètement surmonté l'handicap des limites de ses exploitations minières spatiales et lunaires. Finalement, les larges étendues désertiques d'Afrique du nord sont envahies à leur tour. Avec des usines, de la nourriture et des ressources à sa disposition, la Principauté semble impossible à arrêter. Pour parachever le tout, Zeon complète sa ligne de défense spatiale et ouvre l'Institut Flanagan chargé de trouver un usage militaire potentiel au concept newtype, assassinant du même coup les théories contolistes supposées ouvrir la voie vers un monde meilleur...


À gauche : Mars UC 0079, au front : Des troupes d'infanterie de Zeon en marche près de Poznan, en Pologne.
À droite : 30 Mars UC 0079, chaine de montage : Des Zakus tout juste complétés, prêts à être livrés à l'arsenal de Zeon en Amérique du Nord.


Mais la Fédération est maintenant convaincue de la supériorité tactique de la technologie de Zeon et charge ses ingénieurs de terminer la mise au point des appareils dont la conception avait été entamée juste avant le conflit. Durant le printemps et l'été 0079, alors que Zeon achève de consolider ses positions, la Fédération non seulement rattrape mais dépasse le niveau technologique de son ennemi. Leur premier succès consiste à miniaturiser les armes à faisceau qui peuvent maintenant équiper des unités de combat tactiques ; mais celles-ci restent encore à fabriquer. Leur premier prototype, le RX-75, est conçu pour servir de système d'artillerie mobile tout-terrain à la puissance de feu dévastatrice mais son manque de versatilité en combat rapproché le rend très vulnérable. Le projet suivant, le RX-77, bien que plus rapide et encore bien armé reste lent et malhabile mais peut opérer comme unité de moyenne portée. C'est le RX-78 qui répondra aux attentes des militaires de la Fédération comme véhicule de combat rapproché, et d'une façon surprenante, car ce General purpose Utility Non-Discontinuity Augmentation Maneuvering weapon system s'avère aussi efficace de près avec des armes de mêlée que de loin avec des armes à faisceau de gros calibre. En manque d'inspiration, on se sert des initiales de son nom de projet pour le baptiser : il sera appelé Gundam.


À gauche : Février UC 0079, Paris occupée.
À droite : Mars UC 0079, Comprador : En Bourgogne, immédiatement après l'occupation de Paris. Un officier de Zeon examinant une bouteille de vin, met de choix rare et très couteux dans les colonies de l'espace.


En août 0079, ces prototypes sont acheminés à la nouvelle colonie de Side 7 à bord d'un nouveau type de vaisseau de transport spécialisé, le White Base, afin de commencer leurs tests d'évaluation. Ceux-ci permettront d'obtenir les données qui rendront possible la production de masse du modèle définitif. A bord de ce croiseur léger spécialement conçu pour le champ de bataille du Siècle Universel, un équipage composé surtout de jeunes recrues inexpérimentées dont l'entrainement intensif vise essentiellement à leur permettre de prendre en main ces nouveaux systèmes de combat. L'un d'entre eux s'appelle Amuro Ray, que sa mère abandonna lorsque son père fut forcé d'émigrer vers l'espace. À la mi-septembre 0079, les appareils de la Force Spéciale de la Principauté dirigés par Char Aznable, à présent Lieutenant Commander, s'approchent discrètement de Side 7 afin d'évaluer l'état du chantier. Remarquant une activité suspecte, il décide d'investiguer mais l'équipe de reconnaissance qu'il y envoie ne reviendra jamais : pour la première fois dans l'Histoire avait eu lieu une bataille de mobile suits et celle-ci avait tourné en défaveur de Zeon, ouvrant du même coup un nouveau chapitre sanglant de la Guerre d'Un An...


À gauche : Fin Octobre UC 0079, les irréguliers des troupes fédérales : un instantané de l'équipage du white Base. Le garçon tout à droite est le jeune as Pilote Officier Amuro Ray. La dame au centre était le Premier Lieutenant Matilda Ajan du Corps de Ravitaillement : peu de temps aprés ce cliché, elle tomba au champ d'honneur.
À droite : 5 Septembre 0079, le mobile suit blanc : photographié au site de la bataille entre les Fédéraux et Zeon à Side 7. Il semble que la Fédération avait déjà commencé à déployer des mobile suits sur le théâtre des opérations. L'engin représenté ici était supposé être un prototype.



Un mot sur l'auteur :

Issu de cette génération d'aprés-guerre pressurée à outrance au cours de la reconstruction du Japon, Tomino fit ses classes comme storyboarder auprés de Osamu Tezuka lui-même sur l'adaptation de son manga culte, Astro Boy : il y a de plus mauvaises références que celle-là. Pendant 15 ans et surtout en freelance, il alterna les postes de storyboarder, de scénariste, de réalisateur ou de superviseur sur une quantité phénoménale de projets de fiction ou de non-fiction, dont beaucoup comptent encore maintenant parmi les "classiques" du genre (tel que Space Cruiser Yamato alias Starblazers: the Quest of Iscandar), et je veux bien parier que vous en connaissez quelques-uns (comme Heidi par exemple). Il se prêta également à de nombreux projets d'animés du genre Super Robots (dont le fer de lance chez nous n'est autre que le célébrissime Goldorak) : c'est durant la seconde moitié des 70s, fatigué de voir se répéter ce genre ad nauseum, qu'il propose l'idée de réaliser une série cadrant plus avec sa passion pour la SF "réaliste", une histoire pour adultes reposant sur le théme si sérieux et tragique de la guerre, où l'accent serait mis sur les relations psychologiques plutôt que sur les mécaniques ou l'action pure et simple, où les personnages ne seraient ni manichéens, ni surhumains, où l'intrigue serait complexe et le background à la fois sophistiqué et plausible.

Techniquement inspiré par le Starship Troopers de Robert A. Heinlein sur le plan des mecha designs et basé sur le modèle de colonisation spatiale élaboré par le professeur Gerard K. O'Neil de l'université de Princeton, également chercheur à la NASA et auteur du doublement réédité et augmenté The High Frontier qui explique concrétement comment amener l'Humanité à habiter l'espace pour vaincre la crise de l'énergie et la surpopulation, le projet se concrétise petit à petit et Mobile Suit Gundam est diffusé au cours de l'année 1979. Avec un succés mitigé. Malgré les concessions du réalisateur vis-à-vis de la production, qui souhaitait un résultat plutôt orienté adolescents et pas trop éloigné des clichés du genre Super Robots, en dépit de cet "assouplissement" du concept initial, l'audience boude la série qui se retrouve amputée de 9 épisodes, ceux-là mêmes qui étaient supposés lui donner toute son ampleur... Paradoxalement, les rediffusions rencontrent toutes un succés massif, en audience mais aussi dans la presse ; de plus, la ligne de jouets qui en est tirée rapporte d'énormes bénéfices, particuliérement les maquettes qui attirent une clientèle beaucoup plus agée que la norme. Du jamais vu à l'époque. C'est ce succés commercial qui incite Bandai à réclamer une sorte de remake de la série au format cinéma : cette fois, Tomino a les mains libres de reconsidérer la narration, les designs, et surtout le concept principal tronqué lors de la diffusion télé. Cette trilogie devient le triomphe du box-office local : c'est le début de la révolution Gundam et elle ne s'est jamais vraiment arrêtée... (Je vous en parlerais un peu plus longuement dans le futur dossier consacré car la MS Gundam Movie Trilogy est enfin sortie en DVD chez Beez et franchement c'est pas trop tôt !)

Depuis cette époque Tomino est surnommé "The GodFather", à juste titre, et parallèlement à ses carrières de romancier et de scénariste de mangas il a créé/écrit/dirigé des productions dont beaucoup comptent parmi les plus incontournables du genre SF/Fantasy nippon : Space Runaway Ideon, Walking Machine Xabungle, Heavy Metal L-Gaim, Aura Battler Dunbine et plus récement Brain Powered, Turn A Gundam ou Overman King Gainer, tous des classiques ou en passe de le devenir...



Novembre UC 0079, champ de neige : des soldats de Zeon faisant une halte dans les Ardennes.



La "novélisation" de Gundam :

1) L'originalité :

Novélisation est un terme définitivement réducteur concernant ce livre car il s'agit bien d'une histoire à part entière. Je l'ai commencé en me disant que c'était une simple adaptation de la movie trilogy - d'autant plus que ce livre a été publié en 3 tomes distincts au départ : Awakening, Escalation et Confrontation, je me disais donc que chaque tome correspondait à un film même si les titres sont différents, d'autant plus que la trilogie animée est sortie après le livre ce qui aurait pu expliquer ces changements - donc simple adaptation de la version cinéma ou bien bête condensé de la série télévisée "augmentée" d'explications et de détails plus ou moins pertinents sur les backgrounds du monde et des personnages, sur la doctrine du contolisme et le concept newtype, avec quelques arrangements ici et là afin de rendre le récit plus mûr et le débarrasser définitivement des quelques aspects "série pour ados japonais moyens" qui ont persisté dans les versions animées : en réalité c'est bien une histoire complétement différente...

Bien sûr, les différents protagonistes sont toujours là, mais légérement plus vieux, suffisament en tout cas pour qu'on puisse parler d'une histoire adulte à propos d'adultes au lieu d'une histoire adulte à propos d'ados : par exemple Amuro Ray est dans le livre une jeune recrue de l'armée de la Fédération entraînée à piloter des mobile suits, et pas un adolescent civil qui se retrouve membre d'équipage du White Base par la force des choses et qui apprend à piloter le Gundam en lisant le manuel. Ou bien ces personnages se retrouvent nantis d'un rôle différent - tel que Ramba Rall, le fils du partisan de Deikun qui amena les enfants de ce dernier sur Terre pour les abriter des purges de la famille Zabi, qui se retrouve chef des Services Secrets de Zeon au lieu d'être envoyé sur Terre pour remplacer Char Aznable dans la chasse au White Base et à ses mobile suits révolutionnaires - alors que d'autres ont simplement disparu, pour des raisons évidentes de manque de "place". Entre autres, les fans regretteront probablement le trio de pilotes d'élite Black Tri-Stars ou bien cet autre pilote de Zeon qui choisit de cesser de se battre pour devenir le protecteur d'orphelins de guerre sur une île dont le conflit a tué tous les adultes, pendant que d'autres personnages sont introduits tels que Kusko Al, qui s'avérera une bien plus puissante newtype que Lalah Sune, et bien d'autres personnalités toutes riches et intéressantes dont certaines feront d'ailleurs une apparition dans la version cinéma comme Cecilia Irene, la secrétaire personnelle et maîtresse occasionnelle de Gihren Zabi.

Côté méchas, on a droit à l'essentiel : par exemple, pas de Gouf, de Gelgoog ou de Zeong (même durant la bataille de A Baoa Qu) mais la version Rick du DOM et le redoutable Braw Bro savent remplir les blancs ; avec une belle surprise coté Fédération également... Les lieux aussi sont différents car le roman se déroule essentiellement dans l'espace, à bord du White Base, et il n'y a aucun "épisode" sur Terre : Tomino souhaitait voir son histoire prendre place dans l'"Univers" et c'est sous la pression des créateurs de jouets adaptés de la série que la première partie de celle-ci se déroule sur Terre, afin de permettre aux spectateurs de se figurer la taille exacte des mobile suits en les comparant à leur environnement. On pourra également regretter la Bataille de Solomon (le Cauchemar de Solomon, diront les puristes...) mais dans l'ensemble les coupures ne concernent que des passages mineurs de l'intrigue dont le rôle dans les versions animées étaient essentiellement de cerner davantage les caractères et Tomino se débrouille très bien avec des mots sur ce point-là. Dernière différence d'importance, les lieux communs aux versions animées et écrites ne sont pas présentés dans le même ordre : ainsi la colonie TexasAmuro rencontre Lalah Sune apparaît à la fin du premier tome, et c'est donc en "début" d'histoire que les facultés de newtype d'Amuro se réveillent, d'où le titre de cette partie...

Pour un "habitué" de mon genre qui a vu la plupart des versions animées et leurs spin-offs, c'est assez déroutant au départ mais on finit par s'y faire et se laisser emporter vers cette direction inconnue pleine de surprises et de retournements de situation parce que, malgré la pauvreté du style, Tomino est quand même un scénariste de première qualité et le fait qu'il s'agisse de son premier livre ne gache rien en la matière. Les plus grosses surprises se produisent dans les 2 derniers chapitres et vont d'ailleurs jusqu'à arracher à Amuro Ray son titre de héros de l'histoire pour le transmettre à Char Aznable, même si ce sujet divise encore les fans des versions animées depuis plus de 25 ans : Tomino régle définitivement cette ambiguité dans le roman, mais ce n'est que le roman et je veux bien parier que certains puristes trouveront tout de même matière à continuer la tergiversation de toute façon...

Basiquement, pour résumer, ce récit représente la vision originale de Tomino sur Mobile Suit Gundam, telle qu'il aurait voulu l'adapter à la TV.

2) "Humain, trop humain..." :

"Humain" est le maître-mot de Gundam : le prolifique Tomino a habitué ses fans à des personnages complexes et ambigus, ainsi qu'à de profonds développements psychologiques le long d'une histoire et celle-ci ne fait pas exception. Son regard sur la nature humaine est sans concessions, profondément lucide et souvent dérangeant. Ainsi, le contolisme de Zeon Zum Deikun qui se voulait une clé pour un futur plus beau apparait rapidement n'être qu'une utopie naïve d'abord moquée par la cécité bureaucratique de la Fédération avant de devenir le jouet de la famille Zabi et de sa "volonté de puissance" : cette expression est volontaire car le parallèle entre Deikun et Nietzsche est assez évident, la doctrine philosophique de ce dernier ayant aussi été déformée pour servir des propos extrémistes avec les conséquences épouvantables qu'on sait... Au final, le révolutionnaire n'est plus qu'un simple agitateur politique illuminé qui perd le contrôle du mouvement qu'il amorce pourtant avec la meilleure conviction idélogique. De là à dire qu'il s'agit du plus grand criminel du récit, il n'y a qu'un pas pourtant difficle à franchir compte tenu de la pertinence de son propos. Quand je vous disais que le discours est ambigu. D'autant plus que la corruption par l'exercice du pouvoir n'est pas unilatérale : si Gihren Zabi est comparé à Adolf Hitler par son propre père, pour d'excellentes raisons, le personnage principal dans le camp opposé n'est lui-même pas exempt de faiblesses. Ainsi Amuro Ray passe du pilote novice mais studieux au tueur expert presque amoral, ce qui ne va pas sans rappeler cet autre personnage d'un autre animé d'exception à savoir Tetsuo Shima dans Akira, mais il faut garder à l'esprit que celui-ci est arrivé bien après Gundam...

"Manichéen" n'est pas un adjectif approprié pour ce récit : même si c'est Zeon qui déclare la guerre, c'est la politique anti-coloniale de la Fédération qui donne au tyran les munitions dont il a besoin pour pousser le peuple de Side 3 à prendre les armes. Du coup, l'auteur se permet un habile parallèle comparatif entre la démocratie et la tyrannie (une sorte de comparaison qu'on retrouve d'ailleurs dans Les Héros de la Galaxie) : dans Gundam, la première est handicapée par une bureaucratie réactionnaire, lourde et corrompue alors que la seconde lutte pour être libre de choisir son destin mais en utilisant des moyens parfaitement condamnables. Car le tyran Gihren est convaincu du bien fondé de sa position, de la justesse de son propos : il ne s'agit pas du bête méchant pressé de dominer l'univers mais bel et bien d'un mégalomane pris à son propre jeu, dont l'humanité transparait presque tragiquement à travers une plaidoirie somme toute parfaitement justifiée pour la liberté des habitants de l'espace. Et on sait tous que les chemins de l'enfer sont pavés de bonnes intentions. Ainsi, détourner le concept newtype de sa signification première pour en faire l'arme absolue contre cette Fédération autoritaire et bornée n'est plus qu'une étape logique du processus, un abatardissement typiquement humain comme le sont toutes les matérialisations d'une idée pourtant généreuse et pleine de promesses... Et que dire de Char Aznable dont le but est de restaurer l'idéologie originale que pronait son père mais en choisissant des moyens qui sont pourtant ceux de ses ennemis ? "Ne combats point les monstres," disait l'autre, "ou tu deviendras monstre" : Char a regardé au fond de l'abîme en suivant les préceptes pervers de son père adoptif Jimba Rall qui lui aussi abusa ainsi de son autorité, et le jeune Caspal n'est pas revenu entier de ce périple. Qui le pourrait ? Comment s'étonner alors que sa propre soeur Artesia demande à Amuro de tuer son frère, cet étranger, ce "monstre" ?

Au-delà du pessimisme et de l'optimisme, Tomino introduit le réalisme jusque dans le design des machines et dans la construction de son univers, tel que les grands maîtres du genre SF l'ont fait avant lui, mais en sachant éviter de perdre le lecteur dans les fioritures techniques inutiles. Si au départ l'auteur souhaitait voir ses personnages utiliser des scaphandres de combat blindés (rappelez-vous, le mecha concept de base est tiré du Starship Trooper de Robert A. Heinlein...), la production de son côté voulait une imagerie plus "conventionnelle", hors c'était l'époque où les Super Robots battaient leur plein à la TV nippone, d'où la taille quelque peu "éxagérée" des mobile suits. Peu importe, plus ils sont grands, plus leur puissance de feu est importante : voilà un bon prétexte à des batailles dantesques. Pour faire cohabiter ces géants avec la guerre moderne, Tomino invente la physique Minovski d'où émergera la véritable nature de l'ére spatiale du Siécle Universel : si cette branche des sciences futures permet de miniaturiser les réacteurs nucléaires et de créer ainsi des armes à faisceau dévastatrices ou un champ capable de faire léviter n'importe quel croiseur, elle permet également l'émission de particules ayant pour propriétés d'absorber toutes les ondes radio et radar, de sorte que le combat ne peut plus se faire qu'à vue. D'où la nécessité d'utiliser les véhicules de combat les plus mobiles possibles qui rendront complètement inutilisables les armes à longue portée et les tactiques conventionnelles en général. Dans l'espace, la suprématie des méchas réside dans la combinaison des apogee motors et du système AMBAC (Active Mass Balance Auto Control) inhérent à leur silhouette anthropomorphe qui permet une manoeuvrabilité supérieure à celle de n'importe quel chasseur. Au sol, avec deux jambes pour se déplacer instantanément dans n'importe quelle direction, une paire de bras pour étendre l'angle de tir à 360° et une tête haut-placée permettant de surveiller tous les alentours, ils surclassent tous les autres types de véhicules. Ainsi, les mobile suits sont le parfait outil de ce nouveau champ de bataille qui commence à ressembler étrangement à ceux des guerres préindustrielles...

Comment s'étonner alors de voir des combats au sabre et au bouclier quand les munitions des fusils et des bazookas sont épuisées ? De cet "état des lieux", Tomino tirera une autre caractéristique de son histoire : les pilotes ressemblent ainsi aux chevaliers et aux samouraïs de jadis qui se battaient dans l'honneur et le respect de l'adversaire, en particulier du côté de Zeon d'ailleurs, et en dépit des facheuses habitudes qui ont la vie dure au sein des hautes sphères politques. Si Gundam est révolutionnaire, c'est surtout pour avoir redéfini le genre des Super Robots en reléguant ces derniers à l'arrière-plan, comme le feront tous ses (très nombreux) émules, car dans cette histoire les méchas n'ont pas de nom, ni de "personnalité" : ce ne sont que de banales machines de guerre (tels que les tanks ou les avions actuels) qu'on jette après usage si on ne peut pas les rafistoler tant bien que mal après une dure bataille, de simples outils en somme, juste un bon prétexte pour mettre en avant des personnalités troublées... Vous ai-je dit que "humain" est le maître-mot de Gundam ?

3) Le newtype :

Ce concept a toujours été obscur et aux dernières nouvelles, seul Tomino l'a abordé dans ses scénarios, qu'ils soient écrits, fixes ou animés : il reste l'exclusivité du Maître et donc sa marque de fabrique, même s'il n'est pas obligatoirement présent à chaque fois (Gundam 0080: War in the Pocket, Gundam 0083: Stardust Memories) ou bien le point central du récit (The 08th MS team)...

Ni psioniciste, ni super-héros, le newtype se veut l'adaptation de l'être humain au nouveau milieu de l'ère spatiale et dans ce sens-là ne représente qu'une évolution logique de l'Humanité avec ce que cela comporte : donc rien de bien spectaculaire à proprement parler, ce n'est ni Dragon ball ni Akira, seulement un individu possédant une intuition pouvant aller jusqu'à ressembler à de la prescience dans certaines circonstances, ou bien capable d'une communion spirituelle avec les autres personnes de son genre qui ne va pas sans évoquer une sorte de télépathie... Oui, ça ressemble à la Force de Star Wars (pour laquelle Tomino n'a jamais caché son admiration d'ailleurs) mais ça reste plus respectueux de l'idée de base telle qu'elle est présentée dans le premier film de la trilogie originale, sans cailloux ni sabres laser qui volent dans tous les sens pour un oui ou pour un non en abandonnant l'humain au profit d'un spectaculaire douteux.

Le newtype s'inscrit ainsi directement dans la tradition "classique" de 2001, l'Odyssée de l'Espace comme une adaptation spontannée à l'émigration dans l'espace et qui concerne tous les humains, directement ou indirectement : il y a des newtypes parmi les earthnoids, Amuro Ray en est un, ce n'est donc pas une simple adaptation à un nouveau milieu dans la tradition darwinienne du terme mais bel et bien une évolution généralisée de la race humaine dont la colonisation spatiale fut l'interrupteur. En témoignent les capacités d'orientation dans l'espace et la dextérité technique qui caractérisent toutes deux le newtype, entre autres, car ces qualités sont des atouts non-négligeables pour une race de colonisateurs de l'espace. Mais c'est encore dans la mort que le newtype s'affranchit de ses derniéres barrières, qu'il prend sa véritable ampleur : comme Dave Bowman dans 2001, l'Odyssée de l'Espace, il s'accomplit au-delà de son enveloppe physique ; comme Tetsuo Shima dans Akira, c'est là qu'il trouve toute sa mesure...

Comment s'étonner alors de son rôle dans la guerre et dans la mort ? Suivant la tradition ô combien nietzschéenne du surhomme, le newtype a besoin de se mesurer sans cesse à un adversaire digne de lui pour évoluer : si le premier livre de Gundam s'appelle Awakening c'est parce que c'est de son combat contre Lalah Sune que s'éveillent les capacités de newtype jusque-là latentes d'Amuro. C'est à partir de ce moment que se fera connaître la véritable nature de ce chaînon suivant de l'évolution proné par Zeon Zum Deikun et qui s'oppose en fait radicalement aux idéaux contolistes de ce dernier. Car le pouvoir corrompt, c'est pas un scoop, même si dans Gundam ce serait plutôt un leitmotiv en fait. Encore une fois, Tomino ne se berce pas d'illusions et nous ramène brutalement sur Terre : le contraire aurait été étonnant.

Finalement, on pourra noter le paradoxe inhérent au concept newtype : l'Humain du futur ; au milieu de ses machines sophistiquées, dans ses colonies orbitales de haute technologie, pilotant des vaisseaux toujours plus complexes ; cet Homme de demain base davantage ses actes sur son intuition et son instinct, donc des attributs propres aux animaux en fin de compte, que sur des déductions logiques et rationnelles. Evolution, quand tu nous tiens...

4) Le bémol :

C'est horriblement mal écrit.

Tomino a beau avoir une imagination très prolifique avec un sens aigu du dramatique et du suspense, la sauce prend "mal" : son expérience de storyboarder ressort un peu trop avec cette habitude de passer d'une scène à l'autre sans transition, beaucoup d'onomatopées sont utilisées et de nombreuses tournures de phrases sont difficiles à suivre ou se répètent tout au long du récit... Les descriptions sont exemptes de toutes formes de métaphores, elles restent brutes et sans âme, parfois confuses et souvent difficiles à suivre, surtout pour le néophyte qui ne fait pas forcément la différence entre un Zaku et un DOM. Mais l'édition propose quelques illustrations disséminées tout au long du récit afin d'éclaircir les choses. Les sentiments et les pensées des personnages manquent un peu de clarté, voire simplement de cohérence : comme pour la structure de certains chapitres, l'auteur a un peu trop tendance à passer du coq à l'âne dans les dialogues, ce qui rend les motifs des différents protagonistes parfois peu clairs.

Globalement, l'ensemble manque de la subtilité nécessaire pour en faire une oeuvre littéraire vraiment réussie. Dommage...

Il reste néammoins les idées et leur pertinence, les situations et leur rocambolesque, les personnages et leurs drames, l'univers et sa structure exemplaire... Au final, le sentiment du merveilleux est là : c'est le principal, d'autant plus qu'il est très vieille école. Et si comme moi vous êtes fan de SF "traditionnelle", vous aimerez beaucoup ça.



Août UC 0079, été.



On that night I told them that lie
I couldn't sleep. That's how scared I was.
But no matter how bad a fight we'd have
By the next day, it would be forgotten.

The sky would be so blue
and that would make me so glad.

There'd be times when I'd doubt others
And I'd know the loneliness of living.
But that was something I didn't notice then.

Back when I believed in everything...





5 Février UC 0080, vacances : La banlieue de New York, en Amérique du Nord. Ce lac fut le résultat de l'Opération British, le détournement d'une colonie orbitale vers la Terre, dans les tous premiers jours de la guerre.



Fiche technique de l'ouvrage :

Titre : Mobile Suit Gundam
Auteur : Yoshiyuki Tomino
Titre original : Kidou Senshi Gundamu
Traducteur : Frederik L. Schodt
Première parution VO : 1979
Première parution VA : 1990
Edition : Stone Bridge Press 2004


Illustrations tirées de M.S. Era - Mobile Suit Gundam 0001-0080 - The Documentary Photographs Of the One-Year-War, copyright Bandai, 1988, tous droits réservés
Le 27-03-2005 à 20:07:48 par : Guilhem

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