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Autour d'un café : Hervé Trouillet - animateur français - partie 1
Hervé Trouillet (RV), jeune animateur français, nous livre dans une discussion animée avec moi son point de vue et ses idées sur l'animation. Au cours des différentes parties de cette entrevue, de nombreux sujets seront abordés. Avant toute chose, je vous invite à visiter http://www.rvanim.com pour visionner quelques morceaux de son travail.

N.B. : Cher lecteur, les propos tenus ici l'ont été dans le cadre d'une discussion. Il ne s'agit ni de vérité universelle, ni de vérité proclamée, il s'agit juste de points de vue qui n'engagent que leurs auteurs respectifs.



Hervé a lui-même choisi les photos à mettre sur Animeka


Partie 1 :
Animation en France et dans le monde : Passé, Présent, Futur

Où l'on parle développement du marché de l'animation et modèle économique.


ADAm : Commençons par une présentation rapide pour te situer.
Hervé Trouillet (RV) : Bon alors en fait pour commencer, j'ai fait un BTS Expression Visuelle (c'est du dessin publicitaire) à Marseille. Et puis, par l'intermédiaire d'amis, je suis rentré dans une boite qui faisait de l'animation à Marseille, qui s'appelait "Alladin Picture"... Et de là j'ai fait la connaissance d'une personne qui est devenu par la suite un ami qui faisait du Web là-bas, c'était à l'époque de l'engouement pour les technologies Internet, et c'est là que l'on a eu l'idée de monter un petit studio avec de l'animation flash.
Depuis quelques années, l'animation se fait de plus en plus avec le logiciel Flash, qui à la base, n'est pas du tout fait pour ça, mais qui a été détourné de sa fonction première. Et, grâce à ce logiciel, on a mis des techniques en place pour faire de l'animation sans trop de soucis logistiques, ce qui permet d'alléger la production de l'animation.
Enfin, on avait des outils pour faire de l'animation. Avant, il fallait de gros logiciels comme "Pegs", qui sont hors de prix. En gros cela a rendu l'animation plus facile.

ADAm : Donc en fait, l'utilité de Flash c'est qu'il est plus accessible ?
RV : Oui, c'est plus accessible et puis après, il permet grâce à quelques "trucs et astuces" de faire de l'animation un peu plus rapidement en sautant des étapes grâce à la technologie.

ADAm : Moi je pensais surtout au calcul des intervalles, pour les déplacements.
RV : Par exemple.
Par la suite ce studio a coulé, comme énormément d'autres, et c'est à partir de ce moment là que j'ai décidé de joindre l'expérience que j'avais dans l'animation Web avec l'animation traditionnelle et arriver à trouver des nouvelles méthodes de production pour être plus efficace. Cela m'a permis de réaliser mes propres productions sans perdre un temps précieux, ce qui est très utile quand on est seul à travailler dessus.

ADAm : En soi, les trailers sur ton site, moi j'ai trouvé ça assez impressionnant. Pour un boulot fait tout seul...
RV : Justement, ça illustre ce que je dis : mes méthodes de fabrication et tout ce qui va avec.
À la base, j'avais fait Le Cycle des 9 Lunes en premier, pour montrer l'efficacité ou plutôt le vrai potentiel de Flash.
Car le problème c'est que beaucoup de gens considèrent que Flash, c'est le bas de gamme de l'animation... Alors qu'avec, on peut faire des choses bien plus poussées. D'ailleurs on peut aller encore plus loin que ce que j'ai fait, vraiment. C'est à partir de ce moment-là que j'ai voulu prouver que c'était faisable.

ADAm : Au vu du résultat, c'est presque réussi.
RV : J'ai eu énormément de contacts après ça, au niveau des professionnels. J'imagine qu'à ce moment-là mon premier objectif était rempli. Mais je me suis vite aperçu que ce n'était pas suffisant car ils avaient du mal à croire que l'on pouvait faire ça avec Flash et même si c'est faisable il faudrait revoir toute la conception de la production dans leurs studios. Mon plus gros problème, à ce moment là, c'était le manque de crédibilité.
Puis après, j'ai fait la bande annonce du Festival d'Annecy 2004. Cela m'a permis de prouver qu'avec Flash on pouvait aussi faire du long métrage puisque l'animation d'Annecy est diffusée en 35mm. De plus c'est un autre style (plus cartoon) qui permet de montrer que l'on pouvait s'attaquer à un peu près tous les styles.

ADAm : Annecy, c'est grâce à ça aussi que j'ai eu vent de ce que tu faisais.
RV : Annecy ça m'a permis justement de montrer mon travail, de me faire connaître. De montrer ce que je faisais aussi à côté. Je savais que cela aurait un impact.

ADAm : Ben, c'est plutôt bien pour toi.
RV : Oui, mais il faut que je continue car Annecy, même si c'est une bonne expérience, n'est pas mon objectif initial. Moi, ce qui me branche, c'est l'animation pour adulte avec un vrai scénario plein d'intrigues et surtout avec un bon impact visuel. Et là, je pense qu'il n'y a que l'animation 2D pour relever ce défi !!! Ma certitude aujourd'hui c'est qu'il y a un public, qui est certes exigeant, pointu et difficile à satisfaire (les adulescents comme les marketeurs aiment les appeler), qui est bien présent, et que si on lui propose des films ou séries qui ne les prennent pas pour des demeurés, il sera réceptif à ce genre d'animation.
En tous cas c'est pour ça que je me bas.

ADAm : C'est ça qui est bien, quand on se donne dans quelque chose et que l'on réussit à faire ce que l'on veut.
RV : Oui, c'est mon objectif, mais ce n'est pas encore fait, et puis c'est quand même beaucoup de sacrifices.

ADAm : Et puis, j'imagine que tu fais ça par passion.
RV : C'est mon métier aussi.
Mais, c'est clair que Citeria et le Cycle des 9 Lunes c'est un petit peu une partie de moi-même. Ce sont mes tripes.

ADAm : C'est à la fois le travail et la passion.
RV : Exactement, et je pense que quand on fait ce qu'on aime, on est meilleur dans son travail.



Dans l'ordre : Citeria, Trailer d'Annecy 2004 et Le Cycle des 9 Lunes.


ADAm : Par rapport à tout ça, qu'est ce qui caractérise ce que l'on pourrait appeler "l'animation à la française" pour toi ?
RV : D'abord ce que je dis n'engage que moi car c'est quand même facile de critiquer quand on est pas dans la bataille, mais bon, je trouve qu'en France , on fait tout sauf de l'animation. À part quelques exceptions, comme les courageux studios de Folimage à Valence ou comme Sylvain Chomet.

ADAm : Ouais, avec les Triplettes... (Note : Sylvain Chomet est le réalisateur/scénariste des Triplettes de Belleville).
RV : ...Ce sont des gens qui se battent pour l'animation dans le bon sens du terme. Ils se battent pour des alternatives qu'ils choisissent et pas comme les chaînes ou producteurs le dictent, je les admire beaucoup. Pas seulement eux mais Hayao Miyasaki et bien d'autres pas assez nombreux malheureusement...
C'est aussi la preuve que faire de l'animation de passionnés est compatible avec la rentabilité que souhaitent (et c'est légitime) les producteurs.

ADAm : En fait, l'idée, ce serait ce que j'appelle "l'animation à la française", que ce soit des français qui font de l'animation comme ils l'aiment.
RV : Oui, mais ça, ça vient dans un deuxième temps. Avant tout, le problème c'est qu'en France, l'animation est très exportée, cataloguée, formatée. Il y a également une espèce de dictature des chaînes mais qui, je dois le reconnaître, commencent à démontrer qu'elles veulent des projets novateurs (pourvu que ça dure). Un autre problème c'est aussi que c'est un milieu très fermé où l'on ne peut pas vraiment dire que la qualité l'emporte. Trop de freins à la créativité (qui à terme est plus rentable). Et moi, ça ne me convient pas. Par contre, je ne suis pas de ceux qui veulent tout casser et tout refaire, mais j'essaie de trouver des solutions pour pouvoir faire autrement.

ADAm : Le marché actuel par rapport à ce que tu veux faire, est-il frileux ?
RV : C'est exactement ça. Ceux sont des personnes qui sont frileuses, en tout cas en France, qui surfent sur des vagues et qui ne créent jamais en fait. Cela dit, il existe des studios et même des producteurs qui essayent, mais j'ai l'impression que le système broie toutes ces initiatives. Et surtout ce qui me fait le plus peur c'est que la production en France se condamne elle-même par son manque d'initiative. Je pense que ce n'est pas un manque de motivation mais quand le marché ne se porte pas très bien ils ont tendance à éviter tous les risques et paradoxalement c'est cette recherche de sécurité qui les affaiblit et risque de les faire mourir à petit feu.

ADAm : Ils se passent la corde au cou, ça c'est évident. On le voit dans leurs achats d'animation japonaise, ils ne font que de l'achat d'animation pour les enfants qu'ils passent sur leur case du matin, afin de ramener le public correspondant et de passer des publicités pour des barres chocolatées.
RV : Exactement, je pense qu'il y a d'autres alternatives à ça : d'abord, c'est le développement de la créativité (et l'utilisation des nouvelles technologies qui permettent de maîtriser les coûts), et puis, c'est proposer d'autres programmes pour d'autres cibles. Par contre, je comprends souvent leur position, car pour moi c'est facile je n'ai rien à perdre, alors qu'eux ont tout à perdre, et c'est donc pour eux beaucoup plus dur de prendre ces risques qui sont tellement nécessaires.

ADAm : En faite, on a parlé des Triplettes, ça me fait penser à la période où est sorti le film. Durant cette période, Disney a annoncé la fermeture de ses studios 2D pour ne se concentrer que sur la 3D. Ce genre de démarche, ça t'inspire quoi ?
RV : Je trouve que stratégiquement c'est une grosse erreur. Parce qu'en fait cela reviendrait à dire qu'une technique (la 3D) est plus légitime qu'une autre pour raconter des histoires ! Je pense que les studios Disney ont fait un raccourci absurde. Ils pensent que les gens vont voir les Pixar parce que c'est de la 3D. Alors que Disney fait flop sur flop non pas parce que c'est de la 2D et que les gens préfèrent la 3D (les gens souvent ne voient même pas la différence), mais plutôt parce que cela fait quelques années maintenant que leurs scénarios sont de plus en plus aseptisés par leur machine marketing, et que Pixar fabrique des scénarios qui sont, je pense, les plus réussis dans ce que l'on appelle le "7 à 77 ans". Une fois de plus ce que tout le monde prend pour une guerre entre la 2D et la 3D n'est tout simplement qu'une guerre entre un bon et un mauvais scénario...

ADAm : De toute façon, Les Triplettes ont prouvées que la 2D ça marchait. Y a eu la consécration, autant par le public que par les journalistes. Même aux US alors qu'ils sont vachement frileux sur les trucs qui ne sont pas dans leur langue ou pas bien "carré". Ça prouve que ce n'est pas encore fini.
RV : D'autant plus qu'il ne faut pas oublier que le public d'aujourd'hui, (les enfants d'hier qui sont les adultes d'aujourd'hui) a été baigné dans l'animation 2D depuis son enfance (Albator, Cobra et j'en passe). Il est donc beaucoup plus réceptif naturellement à de la 2D qu'à de la 3D, même si la 3D, elle, va s'imposer à terme, la 2D a encore de beaux jours devant elle . J'ai d'ailleurs un célèbre contre exemple de film 3D qui n'a pas marché : Final Fantasy. C'est la preuve qu'un film 3D n'est pas automatiquement un succès.

ADAm : Le problème de Final Fantasy le film, le plus gros que je vois, c'est qu'ils ont cherché à toucher du monde et ils ont laissé les américains retoucher le scénario.
RV : Et ben voilà, une fois de plus on y revient. C'est le scénario !!! À la base de tout projet c'est un scénario. Le public n'est pas dupe, même s'il ne connaît pas les techniques, les plans. Il sait voir un scénario qui tient ou non la route. C'est toujours pareil. La technique pour moi c'est l'outil qui te permet de raconter ton histoire, à toi de voir en tant que réalisateur quelle technique est la plus appropriée pour ton film.

ADAm : Donc, ça se résume plus à ce que ça raconte qu'à la façon dont c'est raconté ?
RV : Exactement. En fait, les américains ont tendance à confondre le fond et la forme.
Pour eux c'est la forme (les techniques, la surenchère du spectaculaire) qui compte et pas le fond (l'histoire) les deux sont nécessaires mais contrairement à la technique s'il n'y a pas une bonne histoire obligatoirement le film s'effondre.

ADAm : Il n'empêche qu'il y a quand même des films qui explosent le box-office parce que ils ont tout foutu sur la forme : les cascades, les voitures, l'acteur avec sa belle gueule et au final ça marche !
RV : Tout à fait, je ne suis pas en train de dire le contraire, d'ailleurs mes teasers vont un peu dans ce sens. Ce que je dis c'est que combiné à une super intrigue, alors là, ça cartonne !

ADAm : Tout le cinéma à Hollywood, c'est en faisant des gros films qu'ils produisent les petits trucs à côté.
RV : Voilà, ça s'appelle de l'investissement. Ce qu'on ne fait que très rarement, pour ne pas dire jamais, en France. Évidemment il y a des exceptions.


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Le 22-10-2004 à 22:56:49 par : ADAm et Hervé Trouillet (RV)

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