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Le manga vu par Rufio




Aujourd'hui, Animeka donne la parole à Rufio, un membre du site Nesblog, qui s'est fait connaître pour la chronique vidéo Spotlight consacrée aux personnages vidéo-ludiques oubliés. Mais Rufio c'est également les Expliqué à ta mère et Fabula consacrés tous les deux à la culture pop. En 2014, ce joueur de jeu vidéo érudit lance Koma, une rubrique consacrée aux mangas. La grande qualité de ses analyses et son parti pris graphique unique nous ont conduit logiquement à vouloir en savoir plus sur son parcours.
L'entretien commence évidement avec une question sur la genèse de son projet.






Animeka : Tes domaines de prédilection sont les jeux vidéo et le manga (et la culture en général), l'idée de mettre tout ça en vidéo est venue comment ?

Rufio : L'idée de faire des vidéos sur le manga est venue beaucoup plus tard. Il me semble avoir commencé sur les jeux vidéo en 2011 avec mon émission Spotlight. À la base, je voulais juste parler de Megaman IV, un jeu qui me tient beaucoup à cœur mais déjà à l'époque, les let's plays étaient assez répandus, et je voulais proposer autre chose. J'étais particulièrement fan d'Usul (il était encore sur Daily à cette époque je crois Ndlr: Dailymotion), et de ses concepts assez variés.
Du coup, j'avais moi aussi envie de me lancer, mais en m'assurant d'avoir un concept pour soutenir tout ça. J'ai eu l'idée bizarre de me fixer sur un seul perso de Megaman IV pour m’octroyer le droit de parler du jeu. Le concept de Spotlight est né comme ça, j'ai commencé à parler de personnages obscures ou oubliés du jeu vidéo.
J'avais juste envie de faire un truc en plus sur internet, d'apporter mon petit caillou à l'édifice puis mes autres concepts sont nés plus ou moins de la même manière (Fabula, Expliqué à ta mère...).

A : Et pour Koma ?

R : Pour le manga, c'est venu plus ou moins de la même façon. En fait, je commençais à me demander pourquoi il n'y avait pas plus de gens qui en parlaient sur internet, alors que la « communauté » était là, les lecteurs aussi, et surtout la culture derrière. Je me rendais compte que même en France, gros pays consommateur de culture japonaise, il y avait presque uniquement des critiques sur des mangas bien précis, ce qui ne m’intéressait pas spécialement.
Vu qu'à cette époque j'étais en plein One-Punch Man, je me suis dit que créer un cadre autour pour en parler serait une bonne idée.
Mais cette fois, j'ai fait en sorte que ce cadre soit très permissif et j'ai essayé de faire comprendre tout de suite que je n'étais pas un « critique manga », ce qui me laissait beaucoup plus de liberté dans les choix des thèmes et des approches.






A : Justement en regardant les Spotlight, je me suis dit que le concept était très facilement transposable au manga, c'est un projet ou pas du tout ?

R : Non, pas du tout. Ça me demanderait bien trop de temps à consacrer à la lecture de mangas et j'en ai déjà pas assez pour ça, à mon grand regret.
Pour les jeux vidéo, c'était plus simple, j'ai joué à tellement de choses depuis mes 4 ans, que j'avais un certain bagage de connaissances à exploiter sans avoir à faire trop de recherches et ça me permettait aussi de me replonger dans des vieux jeux auxquels je jouais, avec un but supplémentaire, et ça c'est assez motivant et excitant.
En plus de ça, il y a, je pense plus d'aspect à exploiter lorsqu'on parle d'un personnage de jeu vidéo plutôt que lorsqu'on parle d'un personnage de manga. Dans les deux cas, on peut se référer aux aspects scénaristiques et culturels mais le jeu vidéo a cette dimension qui lui est propre : le gameplay. Il y a beaucoup de ponts intéressants à faire entre un personnage et son gameplay. Le même concept avec les personnages de manga serait fatalement moins intéressant je pense.
Par contre, si quelqu'un s'y attaquait, je m'y intéresserais.

A : Du coup, si je comprends bien ce qui t'as fait travailler sur le manga c'est One-Punch Man ?

R : Oui et non, ça a été une porte d'entrée assez évidente en fait parce que l’œuvre seule offrait une problématique extrêmement intéressante. Les mangas, j'en lis depuis très longtemps, j'en ai lu pas mal, et je me suis déjà posé mes propres questions et mes propres problématiques.
OPM a été la porte d'entrée pour tester un format, qui lui, me permettrait d'explorer un maximum de choses dans le medium mais quand j'y repense, j'aurais préféré garder ce sujet en or pour plus tard, quand mon format aurait évolué. C'est le problème des pilotes, on veut faire un épisode avec un sujet intéressant, mais vu que c'est un pilote, techniquement ça devient obsolète, et on regrette d'avoir gâcher un sujet joker.
Je pense la même chose pour Dr Cossack dans le premier Spotlight, avec des tentatives d'humour parce que je pensais encore que c'était une norme. Pourtant, il y avait encore pas mal de trucs à creuser, notamment l'image des russes dans les jeux de l'époque l'ex-URSS.
Mais bon, au fond de moi, je n'ai jamais été satisfait à 100 % d'une seule de mes vidéos et encore moins avec le temps.

A : Dans le cadre de Koma on sent plutôt des influences « classiques », tu confirmes ?

R : Disons que pour les premiers épisodes, je pensais important de commencer avec les bases :
, post 45...
Mon prochain épisode sera sur un mangaka contemporain et en activité et je ne pense pas que je me fixerai plus facilement sur une période précise dans mon émission. Il y a pas mal de choses à dire sur toutes les périodes, même si, de toute évidence, les précurseurs font toujours figure de sujets en or.
Travailler des images de Tezuka me procure plus de plaisir que de jouer avec des dessins de mangaka actuels. J'ai l'impression de déterrer de vieux trucs qui n'étaient pas faits pour ça, et de participer à son propre travail.








A : Justement cette idée de jouer véritablement avec les dessins d'origine c'est venu comment ?

R : le motion comics tu veux dire ?

A : Oui c'est ça.

R : En fait, après avoir fait mon premier épisode je me suis dit « hm ok... mouais » comme à chaque fois en fait. Mais je me suis dit aussi « c'est mou » et ça, c'était pas bon signe.
À la base, j'avais vraiment envie d'avoir une patte visuelle sur mon émission, de jouer avec le blanc sur noir et noir sur blanc. Je m'étais dit que j’essaierais au maximum de pas utiliser de vidéos, qui pourraient rompre avec ce visuel. Pour One-Punch Man je n'avais pas le choix, vu qu'il n'y avait pas (encore) d'animé juste des scans.
Mais l’inconvénient d'utiliser que des scans, c'est qu'on est vite limité en termes de montages, on fait des zooms, dé-zooms, décalages et c'est tout. C'est pour ça que l'épisode était mou et l'idée de faire du motion comics est venue assez naturellement.
Ça me permettait d'avoir du mouvement dans mon émission sans pour autant trop abuser d'extraits vidéos. J'en avais vite fait discuter avec Karim Debbache et quand il m'a confirmé que c'était une bonne idée, je me suis lancé. Évidemment, en termes de montage vidéo, ça double le temps de travail.

A : Puisque tu parles de Debbache, ton entrée dans Nesblog s'est déroulée de quelle manière ?

R : À la base, j'ai fait connaissance avec Usul après avoir appris qu'il venait de la même ville que moi. J'ai continué à faire mes Spotlight dans mon coin, et au troisième épisode, Dorian est venu me voir au Stunfest pour me dire qu'il aimait bien mon travail. Après ça, je ne sais plus qui m'a contacté, sûrement Realmyop.
Rien de fou donc mais ça m'avait fait très plaisir parce que j'estimais déjà à l'époque qu'ils regroupaient vraiment ce qu'il y avait de mieux en matière de vidéos sur le jeu vidéo.
Ça m'a aussi fait plaisir qu'ils me donnent leur aval pour poster Koma alors que ça ne parlait plus de jeux vidéo. Ils m'ont même motivé à continuer.







A : Sans transition, quels sont les mangas qui t'ont vraiment marqué ? (En bien comme en mal d'ailleurs)

R : Si je ne devais en choisir qu'un, ce serait Phenix les Temps Futurs de Tezuka qui est le tome 2 chez nous (les tomes sont indépendants). Je l'ai lu assez jeune et j'ai pris une grosse claque, c'était la première fois que j'avais à faire à de la science fiction apocalyptique, si on peut appeler ça comme ça. C'était à une époque où je ne lisais que quelques shônen (DB, Kenshin...) et ça m'a vraiment fait ouvrir les yeux sur la diversité du manga.
Sinon, sans parler vraiment de mes « mangas préférés », Yotsuba récemment m'a vraiment marqué aussi. C'est l'un des très rares mangas que je suis actuellement (en général, je préfère attendre qu'un manga se finisse avant de commencer sa lecture). Il y aurait également DB, Hunter, Pluto, 20th Century Boys et Number Five, évidemment, Number Five...
Pour ceux qui m'ont marqué en mal, j'ai relu Death Note il y a quelque temps et ça m'a choqué. Je trouve que le manga aurait dû faire 2 tomes pas plus et que c'est encore un très bon exemple de la connerie du système d'édition japonais : quand ça marche ça continue.
Il y a également Toriko : j'ai pas compris, j'ai dû passer à côté d'un truc.


A : Pluto... On revient à Tezuka tout en allant sur ...Urasawa justement tu y fais plusieurs fois référence dans ton travail...

R : Pour moi, Urasawa est ce que Tezuka aurait été s'il avait vécu jusque là, scénaristiquement parlant, il s'agit des mêmes procédés. Urasawa apporte une dimension technique qui répond aux codes actuels. Il dessine aussi très bien évidemment, mais c'est pas ce qui m’intéresse en premier.
Les deux auteurs fonctionnent vraiment comme une seule et même entité, et même sans savoir qu'effectivement Tezuka était le maître à penser de Urasawa, ça se ressent directement. Evidemment, Urasawa a été très marquant pour moi, mais peut-être moins que d'autres, parce que je connaissais déjà les astuces de Tezuka.






A : Un exemple de mangaka actuel et marquant pour toi ?

R : que j'ai découvert avec Ping Pong il y a pas si longtemps que ça. On le retient souvent pour son style de dessin unique et c'est vrai qu'il est génial pour ça, mais moi je le trouve hallucinant d'originalité en termes de traitement. Et quand je parle d'originalité, je veux dire qu'il se détache totalement de ce que font les autres mangaka, j'ai vraiment l'impression de lire les œuvres de quelqu'un d’extrêmement bon et humain.
C'est bête à dire, mais quand je le lis (soit ses œuvres, soit ses interviews), je me sens assez proche de sa façon de penser et de voir le monde.


A : Ping Pong tu n'as pas vu l'animé ?

R : Si, il y a quelques mois et j'ai adoré.
Je regarde très peu d'animé, parce que j'ai du mal à suivre le format (comme pour les séries). Même quand ça m’intéresse, je n'arrive pas à rester devant un écran plusieurs heures à regarder un truc.
Ping Pong ne fait qu'une saison, et ayant adoré le manga, j'ai été curieux. Le traitement graphique est pertinent, et les rares ajouts le sont aussi. Les quelques scènes ajoutées jouent sur le côté humain des personnages et c'était justement un des points forts du manga papier. Je suis pas du genre à juger une adaptation par le respect de l’œuvre d'origine mais pour Ping Pong, ils ont quand même réussi à transmettre les même messages que le manga, en apportant vraiment une dimension technique pertinente.


A : Tu dis regarder très peu d'animé mais il y a peut-être quand même des films ou des séries d'animation qui t'ont marqué ?

R : Des séries j'en ai tellement peu regardé...
Par contre en film, il y a les longs métrages Phénix justement. Je sais plus de quelle année, parce qu'il y en a eu beaucoup mais j'ai particulièrement aimé le chapitre du Karma et le chapitre de l'Espace.
Sinon, les deux OAV Kenshin évidemment, dans lesquels je me suis replongé pour le dernier KOMA.
À part ça, faisons dans l'originalité et citons des Ghibli : Mononoké, Totoro et Arrietty en tête.
Il n'est pas impossible que mon long métrage animé préféré soit Les Douze Travaux d'Astérix finalement... ahah !







A : Si je comprends bien tu es vraiment plus manga qu'animé.

R : Oui. Au delà du fait que de manière personnelle, j'ai du mal à me concentrer sur un format série de plusieurs épisodes sur des dizaines d'heures j'ai aussi d'un autre côté cette envie de me retrouver au plus près de l'auteur. Je me dis par exemple, que jamais je me serais senti si proche de Matsumoto si j'avais commencé par regarder l'animé Ping Pong.
J'ai un profond respect pour les hommes ou femmes qui sont derrière les œuvres et la façon dont ceux-ci font leur choix pour nous livrer leurs pensées et leurs idées. En plus, techniquement, je préfère rester sur le format BD parce que c'est un support qui offre ce qu'aucun autre support ne peut offrir : la liberté du lecteur et son implication.

A : C'est à dire ?

R : Quand dans un manga (ou tout autre BD), tu vois un plan sur un mec qui arme son poing, et que la case suivante, tu vois l'impact de celui-ci sur la tête de son adversaire, ton cerveau fait automatiquement la liaison, et le fait de la manière la plus optimale pour toi. En lisant cette planche, je vais imaginer le coup de poing à une vitesse qui ne sera pas la même que quand toi tu vas lire la même chose. Parce que la BD, par ses limitations, force le lecteur à devenir lui même un acteur du processus et ça, on le perd dans l'anime.
L'animation et le cinéma sont des formes fixes, qui offrent certes des choix que la BD ne peut offrir mais qui techniquement, fait perdre cet aspect.
Je suis souvent (et je ne pense pas être le seul) déçu par le rythme qu'il peut y avoir dans des combats de shônen retranscrits en anime. Cette déception vient de là, rien ne peut être plus parfait pour le lecteur que ce que son cerveau lui donne. Ce procédé, qui a peut-être un nom, est très bien décrit dans l'Art Invisible, un bouquin américain écrit par Scott Mccloud.
D'un certain point de vue, on peut considérer que l'adaptation animé peut être une régression mais juste d'un certain point de vue, je suis bien sûr conscient des autres aspects magnifiques qu'elle apporte.




C'est sur cette réflexion profonde quant aux différences entre animation et bande dessinée que se termine cet entretien. Animeka tient à remercier Rufio qui s'est montré très disponible et ouvert à toutes nos questions. Si vous avez apprécié sa généreuse érudition, nous vous invitons à découvrir ou redécouvrir ses différentes vidéos sur sa chaîne Youtube.
 
 
Le 24-08-2015 à 10:51:54 par : Rufio, Jules

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