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Les Mystérieuses Cités d’Or (Taiyô no ko Esteban) - Partie 2
Introduction
Les origines françaises
Les origines japonaises
Les héros enfants
Le réalisme fantastique
Le symbolisme général

Les premières immersions dans l’inconscient
La découverte de la Cité d’or
Les "grands adultes" et le dénouement philosophique
Une postérité ?
Plus loin encore
Conclusion
Bibliographie et liens


Les héros enfants


Toujours ensemble, Esteban, Zia et Tao véhiculent tout au long des épisodes la fraternité et la tolérance. Ils sont éloignés de l’aveuglement de Pizarro, pour qui l’amour, l’honneur et la patrie ne sont rien comparés à l’éclat de l’or. Mendoza, qui pensait lui aussi à son propre intérêt, finit par les aimer, est conquis par leur enthousiasme. Ménator, obnubilé par la quête de la puissance du Soleil, voit en eux la jeunesse éternelle.

Esteban et Zia transportent le spectateur dans leurs aventures. Ils forment un "couple royal" représentant toute l’humanité. L’épisode 13 permet de bien connaître Esteban. Les habitants de la cité du Vieux Pic (Machu Picchu) le prennent pour Viracocha, ce dieu à la peau blanche parti sur la Grande Mer de l’Ouest en promettant de revenir sauver les siens lorsqu’ils seraient en danger. Esteban essaie de rassurer un groupe de jeunes enfants en jouant avec eux, en montrant qu’il est fait de chair et de sang et ressent la douleur physique. Avec la candeur qui le caractérise, il prononce une phrase pourtant lourde de sens qui le fait vraiment ressembler à Viracocha le maître spirituel : « Si moi je peux être le messager des dieux, il n’y a aucune raison pour que vous ne puissiez pas l’être aussi puisque nous sommes pareils ! » Il voulait ainsi démontrer qu’en tout être humain faible et humble sommeille une puissance qui le rend perfectible. Ainsi son enthousiasme parfois naïf ne fait pas obstacle à sa sagesse et lui ajoute du charisme.

Zia, également porteuse du pendentif représentant le soleil dans un croissant de lune, devrait être élevée à un rang identique à celui d’Esteban. Bizarrement, elle n’est pas toujours reconnue à ce rang. Cela proviendrait du fait qu’elle pense beaucoup plus aux autres qu’à elle-même et ne se met pas en avant autant que le jeune héros qui, touché par sa sensibilité, tient envers elle un rôle de protecteur. Dans l’épisode 35, alors que Zia est enlevée par Ménator, Esteban réagit comme si une partie de lui-même vient de lui être retirée, et les cris de détresse de la jeune fille lui donne en quelque sorte l’ordre impérieux de venir la délivrer. Zia est comparable à la partie féminine du dieu, qui conseille ce dernier avant qu’il agisse. Contrairement à Esteban et malgré sa passivité apparente, elle n’est pas ingénue et sait lire dans le cœur des gens. Elle est naturellement révoltée par la souffrance de son peuple.

Tao doit être traité à part. Son histoire est triste : ses parents sont morts alors qu’il était très jeune et il a vécu sur son île seul pendant des années. Fièrement, il conserve le petit héritage de ses ancêtres : une encyclopédie, divers objets mécaniques, statues, cartes, et surtout ce vase hermétiquement fermé dont il ignore l’utilité. Dans l’épisode 33, où le père de Zia vient de mourir, seul Mendoza ne semble pas ému par les pleurs de la jeune fille et essaie de trouver l’emplacement de la Cité d’or en se dirigeant grâce au ciel étoilé. Son comportement irrespectueux met Esteban en colère. Mais Tao lui affirme que Mendoza est très affecté et lui avoue avoir rencontré sur son île semblable sentiment : pour survivre, il devait encore et toujours trouver une occupation, il construisit alors des maisons dans les arbres, de plus en plus hautes et de plus en plus belles.





Le réalisme fantastique


L’auteur a bâti un scénario d’anticipation scientifique, ou plutôt de rétro-fiction : des machines futuristes apparaissent en plein XVIème siècle et suscitent l’effroi de ceux qui n’y sont pas préparés. Mais plus encore, il s’agit de "réalisme fantastique" : cette expression aux allures de paradoxe, forgée par Louis Pauwels dans son ouvrage le plus célèbre, Le matin des magiciens, désigne un courant de pensée qui, épuré de ses excentricités, considère l’imagination humaine comme une préfiguration des découvertes scientifiques à venir. Le monde réel, et en même temps l’être de l’homme, seraient, époque après époque, améliorés par le progrès que la perspicacité de l’élite scientifique avait en quelque sorte prophétisé. L’alchimie est considérée comme une science naturelle dont l’étrange méthode dépasse nos modes de pensée dits "rationnels".

Les écrivains du réalisme fantastique sont friands de récits concernant les continents disparus, comme l’Atlantide ou la Lémurie, car ils pensent qu’ils forment le mythe fondamental de l’humanité : il y a longtemps, un peuple dont le savoir prétendait à l’absolu, gardait jalousement le secret de la puissance qui assurait son bonheur, mais Dieu perçut son orgueil et l’anéantit ; d’autres hommes récupérèrent des morceaux de ce savoir et se les transmirent dans la tradition, avec l’espoir qu’un jour toute l’espèce humaine, menée par des "surhommes" nietzschéens, se libèrerait des guerres. Ce mythe est à prendre au sens fort du terme : bien plus qu’une légende, c’est un réel en puissance qui, à l’heure où l’humanité possède le pouvoir de se détruire elle-même, se présente pour nous mettre en garde : « C’est quand on est près du but que tout peut tragiquement basculer. Ne répétez pas les erreurs du passé ! » Saisir la "part de vérité" du mythe, c’est se questionner sur sa pertinence et sa sagesse, pas sur l’existence effective d’un continent englouti.

Les Mystérieuses Cités d’Or baignent dans une ambiance réaliste fantastique. Étant petit, je croyais vraiment que le plateau de Nazca au Pérou, où se trouvent les géoglyphes sur un desquels le Grand Condor se pose (épisode 19), était une aire d’atterrissage de vaisseaux spatiaux. La taille incroyable de ces dessins nous autorise une comparaison : pour les contempler, il faut prendre de la hauteur, car au niveau du sol, seuls apparaissent d’énigmatiques "chemins" tantôt droits, tantôt sinueux ; nous allons voir que, de même, les symboles importants de la série ont des proportions si énormes qu’ils ne sont visibles que d’en haut. D’en bas, au niveau de l’expérience immédiate des personnages, seul le sens des symboles peut être ressenti, ce qui est finalement le plus important. Mais nous sommes aussi invités à prendre de la hauteur, prudemment, quand c’est nécessaire, afin de voir ces images qui ont du sens. En fait, nous atteignons un "second degré de lecture" où elles sont analysables.





Le symbolisme général


Pour aller plus loin, nous avons besoin de l’aide du psychanalyste suisse Carl Gustav Jung, très apprécié au Japon. Sa psychanalyse, controversée, est néanmoins fondamentale lorsqu’il s’agit de commenter les projections de contenus inconscients dans une œuvre d’art, autrement dit les symboles, lorsque ceux-ci ont un caractère collectif ou universel. Attention ! Nous parlons bien ici d’un authentique processus psychique de formation des symboles, et non d’une artificielle association entre un signe et sa signification : la formulation de l’opinion selon laquelle la visite d’un temple symbolise le séjour dans la matrice, n’est que l’étalage d’un savoir incomplet qui n’a de raison d’être que dans une étude comme la nôtre, pas dans l’œuvre d’art elle-même où le mécanisme de correspondance signifié-signifiant n’est pas du domaine du "dit".

Dans les Cités d’Or, rien n’est laissé au hasard, histoire et mise en scène suivent un processus psychique dont une partie a déjà été intégrée par la conscience de l’auteur, qui n’est pas dupe. C’est pour cela que plusieurs symboles sont ajustés volontairement dans un système qui semble facile à analyser, et qu’en outre ils viennent si bien servir le message philosophique et le scénario, qui doit adapter des mythes. Par contre, l’auteur a voulu les laisser dans leur "état brut", c’est-à-dire comme ils sont apparus lors de leur projection, qui reste évidemment un phénomène inconscient. Ainsi les symboles, au lieu d’être "montrés du doigt" sans aucune subtilité, sont souvent de taille gigantesque et se confondent avec la nature. En s’identifiant aux héros, ce qui est rendu plus aisé dans une œuvre totale où l’image, les voix et la musique se combinent magnifiquement (les Cités d’Or ne fournissent pas le meilleur exemple), le spectateur entre dans un monde symbolique qu’il ressent fortement et assimile.

Notre indispensable épisode 13 nous apprend que la mère d’Esteban était une prêtresse du Soleil, qui avait donc trahi ses vœux de chasteté : tout s’est alors passé comme si le dieu avait puni les parents et adopté l’enfant. Celui-ci a le "pouvoir" de faire apparaître le soleil. Il ne peut pas le faire tout le temps, mais l’astre du jour apparaît comme pour le saluer ou pour lui venir en aide. Chaque fois, cela semble un hasard, mais comme l’apparition suscite l’effroi et est immédiatement interprétée comme un signe des dieux, il faudrait plutôt y voir une coïncidence significative telle que l’explique Jung dans La synchronicité, principe de relations acausales. La coïncidence est un « synchronisme absolu des événements physiques et psychiques » (page 89) ; elle est comparable à l’harmonie préétablie de Leibniz. Cette théorie permet également de mettre en relation le domaine des découvertes scientifiques et celui des contenus inconscients, mais comme elle est difficile et controversée, nous ne prendrons pas le risque de détailler ce point. Gardons seulement à l’esprit qu’Esteban est un héros solaire.

Nous devons comprendre à ce stade que le couple formé par Esteban et Zia est une projection des deux archétypes fondamentaux que sont l’animus et l’anima, plus exactement sous la forme du frère et de la sœur psychiques en marche vers des profondeurs de l’inconscient où ils pourront s’unir. Cette union n’aura finalement pas lieu à cause de l’intervention, dans le scénario, des Olmèques, mais elle sera à plusieurs reprises timidement suggérée, principalement dans des lieux sacrés et surtout quand les pendentifs se trouveront réunis pour en autoriser l’accès. Dans le film Tenkû no shiro Laputa (Le château dans le ciel), cette suggestion, encore plus forte, atteint son paroxysme lorsque les deux héros enfants parviennent au but de leur quête attachés à la taille par une corde. Une scène les montre allongés sur un lit de verdure : ils ont tout à fait l’aspect d’un être androgyne possédant un tronc, deux bras, mais deux têtes. Il est intéressant d’observer comment Miyazaki parvient à évoquer l’union des contraires lorsqu’il est impossible ou inconvenant d’user d’un érotisme qui choquerait le spectateur.

Gardons en mémoire le "plan" ci-dessous, il nous sera utile jusqu’à l’apparition du Grand Condor (les "Mystères de Pachamama"), et même plus loin puisque les quatre éléments et leur quintessence centrale sont à calquer sur la Cité d’or et ses quatre "repères" : le plan se fera alors géographique alors qu’il n’est pour l’instant que psychique. C’est un schéma d’inspiration alchimique, il semble pour le moment abscons et douteux (aussi douteux qu’une analyse psychologique ?), mais nous tenterons de le rendre peu à peu intelligible.





- Partie 2 - -
Le 06-07-2006 à 20:19:24 par : Ryoga

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