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Hayao Miyazaki à l'heure des repas - Partie 1 : nourriture et scénario



Hayao Miyazaki, ce nom est connu de tous les fans d'animation et même très certainement des cinéphiles du monde entier. Longtemps considéré comme un nouveau Walt Disney ou encore un successeur de Osamu Tezuka, il a aujourd'hui dépassé la renommée des deux maîtres.
Il y a plusieurs raisons à cela : une maîtrise formelle unanimement reconnue, un humanisme qui imprègne chacune de ses œuvres et un nombre important de thématiques universelles. Parmi ces dernières, on trouve évidemment l'écologie, le pacifisme, le féminisme, mais aussi l'innocence des enfants, ainsi qu'une fascination sans bornes pour l'aviation.
Le thème que j'ai choisi d'exploiter ici est beaucoup moins évident mais - je l’espère - tout aussi intéressant car il s'agit du traitement de la nourriture dans l'œuvre de cet éternel jeune homme.
La filmographie de Miyazaki est conséquente et ses talents divers, j'ai donc choisi de limiter mon investigation aux onze longs métrages que le cofondateur de Ghibli a réalisés, éliminant ainsi un certain nombre de très bons films sur lesquels il a œuvré en tant que scénariste.
Cette précision établie, je vous invite, amis gastronomes, à me suivre dans un périple de plus de trente années avec un seul objectif : nous régaler, bien sûr !





L'idée de cet article m'est venue en repensant à l’opulence de nourriture que l'on trouve dans les films Kiki la petite sorcière et Le Voyage de Chihiro. Je me suis alors souvenu de certaines scènes mémorables comme celle de la capture de Pazu par les pirates dans Le Château dans le ciel et ma décision de me lancer dans cet article plutôt décalé était prise.
Très vite la question de la validité de mon sujet s'est posée et il fallait donc que je m'assure avant toute chose de ne pas partir sur une fausse piste. Je me suis donc armé d'un stylo et d'un petit carnet, j'ai vidé mon étagère consacrée au DVD Ghibli et je me suis lancé dans l'inventaire des scènes dans lesquelles se trouve de la nourriture.
Le bilan est très simple à faire : tous les films de Miyazaki contiennent des scènes de repas ou tout simplement des scènes dans lesquelles apparaissent des aliments, mais à des degrés divers.
Le film qui présente le plus d’éléments gastronomiques est bien évidemment Kiki puisqu'une bonne partie de son intrigue se passe dans une boulangerie. Vient ensuite Chihiro dans lequel on peut voir une profusion de plats appétissants. Juste derrière, on trouve un petit groupe de longs-métrages dans lequel se trouvent Le Château de Cagliostro, Laputa (Le Château dans le ciel), Mon voisin Totoro et Ponyo. Ces films contiennent chacun une petite dizaine d’occurrences dont plusieurs scènes de repas. A un degré moindre, nous avons Porco Rosso, Princesse Mononoke, Le Château ambulant et Le Vent se lève. Ces films n'accordent qu'une place minime à l'alimentation mais contiennent tout de même quelques scènes de repas qui ont leur importance. J'en arrive à la Lanterne rouge, Nausicaä qui ne contient qu'une seule scène de repas frugal ainsi qu'un sac de pomme de terre, présent dans un décor.
Dans tous ces films, la nourriture prend trois formes.




Elle peut n'être qu'un élément de décor en arrière plan, et dans ce cas de figure, elle participe à la mise en place de l'univers proposé. Par exemple, dans Laputa, la première apparition de Pazu le montre en train d'acheter des boulettes en sauce qu'il transporte dans un pot à lait en métal. Sur l'étal du marchand, on peut apercevoir des pains en forme de baguette. Ces éléments, ainsi que le décor en général nous indiquent que Miyazaki s'est inspiré de la révolution industrielle occidentale pour installer son récit. Cette utilisation de la nourriture se retrouve notamment dans Kiki et sa ville inspirée à la fois de l'Italie et de l'Europe du Nord. Ainsi, Le grand nombre de pains moulés dans la boulangerie est inspiré des habitudes alimentaires germaniques. On peut également citer Totoro, film dans lequel la forte présence de légumes et de céréales est liée à la notion de terroir japonais.





Dans l'œuvre du Maître on trouve aussi de nombreuses scènes de repas. Ces dernières sont souvent le théâtre de conversations profondes qui nous permettent de comprendre la philosophie des protagonistes et parfois même celle de l'auteur. On se souviendra en premier lieu d'un plat de riz partagé entre Ashitaka et le bonze, diner dans lequel il est question d'un maléfice qui rongerait le monde dans son intégralité.






De façon plus terre à terre, les repas servent également à faire avancer l'intrigue. Dans Le Château de Cagliostro (le premier long métrage réalisé par Miyazaki) Lupin et Jigen enquêtent sur une mystérieuse jeune femme. Ils apprennent son identité dans un restaurant, alors qu'ils sont en train de se disputer une copieuse assiette de pâtes.
Autre collation utile à l'intrigue : dans Le Vent se lève cette fois, la scène où l'on voit Jirô manger du maquereau. Tombant sur une arrête, il pense alors à utiliser la forme de l'objet dans le design de son avion.
La troisième manière de mettre en scène la nourriture est bien évidement la préparation d'un repas. Ces scènes sont assez rares et servent à chaque fois à mettre en valeur le personnage en train de cuisiner. On les trouve dans Laputa, quand Chihita cuisine pour les pirates, dans Totoro quand Satsuki prépare le repas pour sa famille, plusieurs fois dans kiki et plusieurs fois également dans Ponyo par le biais du personnage de la mère. Je ne les ai pas toutes citées mais ce qu'il faut retenir c'est que presque toutes ces scènes mettent en valeur des personnages féminins. Je m'arrête là sur ce sujet car j'aurai l'occasion de le développer plus en profondeur dans la troisième partie de cet article.




Pour l'heure, je vais plutôt essayer de voir ce que peut nous apprendre la nourriture sur le rythme des récits de Miyazaki.
Dans la plupart de ses films, le réalisateur alterne les phases "d'action", dans lesquelles le suspense et la tension maintiennent le spectateur en alerte, et les phases plus calmes qui servent à développer l'intrigue en profondeur. J'ai assez vite remarqué que les aliments faisaient toujours leurs apparitions dans ces moments de "repos". Le film qui m'a fait prendre conscience de cela est Le Château dans le Ciel.


Dans ce film, les premières images nous montrent Chihita qui refuse le repas que lui tendent ses geôliers. Cette petite scène anodine nous immerge dans l'histoire en nous présentant efficacement les liens entre les personnages présents. Quelques instants plus tard, on a le droit à une bataille entre les pirates de Dora et les hommes de Muska. La scène se termine par la chute de Chihita et enchaîne sur la présentation de Pazu, qui s'achète à manger. On assiste ensuite à la rencontre entre les deux jeunes gens qui vont faire plus ample connaissance au moment du petit déjeuner. Les pirates arrivent alors et une course poursuite s'engage. Les deux jeunes héros s'échappent et se cachent dans une grotte. Ce repos sous-terrain est l'occasion de deux repas : un casse-croûte échangé entre les deux enfants et une boisson chaude offerte par Papi Pom. Au cours de ces instants gastronomiques, Miyazaki nous distille des détails sur le passé de Chihita, ainsi que sur le mystère des "pierres volantes". Revenus à la surface, les deux enfants sont immédiatement capturés par l'armée. Après une courte période de détention, Pazu rentre chez lui et trouve les pirates en train de piller son garde-manger. Tout en arrachant des énormes bouchées de jambon, Dora décide de s'allier à Pazu pour libérer Chihita.
La scène du sauvetage est mémorable et ne laisse évidement aucune place à la nourriture. Néanmoins, le retour au vaisseau-mère des pirates va donner un grand rôle à l'aspect gastronomique. En effet, c'est par leur travail respectif que les deux enfants vont s'intégrer dans l'équipage : si Pazu excelle dans le domaine de la mécanique, c'est grâce à sa cuisine que Chihita va non seulement se faire accepter, mais également diriger une bonne partie du personnel masculin du gang de Dora. La phase qui vient ensuite est consacrée à la découverte de Laputa et à la bataille qui s'y déroule ; la nourriture laisse donc la place au dénouement de l'intrigue.





Comme je l'ai dit plus haut, ce film illustre particulièrement bien ce rapport entre alimentation et rythme scénaristique, mais il est loin d'être le seul. Dans Le Voyage de Chihiro, le schéma narratif alterne calme et action de façon régulière, avec cependant quelques variantes par rapport aux films précédents. L'introduction nous présente les personnages et se termine par le repas plantureux que prennent les deux parents de Chihiro. Cette dernière s'enfuit avec l'aide d'Haku et finit par se retrouver chez le vieux Kamajii, où elle va pouvoir se reposer. C'est ce moment que choisit Myazaki pour introduire le personnage de Rin, qui apporte le repas pour Kamjii et ses "assistants". La jeune femme aide ensuite Chihiro à se faire engager par Yubaaba dans une séquence pleine de suspense. Devenue employée de la vielle sorcière, Chihiro s'accorde du repos, mais Haku revient la chercher pour lui montrer ses parents. A cette occasion, il la console en lui offrant des onigiri (boulettes de riz). Par la suite, la petite Chihiro va effectuer son premier travail : nettoyer un client particulièrement sale. A l'issue de cette grande scène pleine de rebondissements, Rin et Chihiro profitent du calme du matin pour partager des pains fourrés. Les événements s'enchaînent alors avec l'arrivée de Haku grièvement blessé, qui représente certainement le climax du film. La grande particularité du Voyage de Chihiro par rapport aux autres films est de ne pas se clore de manière intense. En effet, le film se termine par une phase beaucoup plus calme, par un pèlerinage apaisé de l'héroïne dans lequel elle rallie tous les personnages à sa cause. Là encore, ce final reposant est lié à la nourriture, puisqu'on trouve en point d'orgue une pause gourmande chez la sorcière Zeniba.
On peut néanmoins noter deux exceptions à la règle énoncée plus haut. La première est Nausicaa qui ne contient que deux fois de la nourriture. Avec aussi peu d’occurrences, le parallèle entre rythme scénaristique et nourriture est impossible à établir. Deuxième exception : Le Vent se lève, film vraiment à part qui mériterait un article à lui tout seul et qui présente la particularité de mélanger les codes scénaristiques du biopic et de l'onirisme.





Cette première partie nous aura permis de mieux appréhender l'utilisation de la nourriture chez Miyazaki. Les deux prochains volets de cet article se concentreront sur le sens que le réalisateur donne à l'alimentation, et plus précisément aux repas.






N'hésitez pas à venir donner votre avis concernant cet article sur le forum.

Le 22-11-2015 à 14:34:12 par : Ange-chan, jules

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