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Le Moe
 

Largement répandu auprès des passionnés de l'animation japonaise, le moe est maintenant devenu une expression presque banalisée servant bien souvent à décrire la personnalité d'un protagoniste voire le genre d'un animé. Mais savez-vous réellement d’où vient ce terme ? Ce qui est réellement connoté derrière son utilisation ? À travers cet article, je vous propose de revenir sur les origines du moe, sur son utilisation amenant parfois à des controverses, mais surtout, sur l'incroyable évolution de cette expression à peine utilisée il y a quinze ans, aujourd'hui considérée comme un genre à part entière. En espérant que vous apprécierez la lecture, je vous invite donc à plonger dans l'histoire du premier genre de l'animation japonaise créé et modelé au fil des années par les otaku eux-mêmes.



Dans la culture otaku, le terme "moe" traduit un sentiment d'affection que l'on peut éprouver vis-à-vis d'un personnage féminin (ou masculin même si cela est moins courant) issu de l'animation japonaise. Généralement, une héroïne possède un côté moe en raison de son caractère (étourdie, énergique...), de son aspect physique (visage légèrement rondouillard, grands yeux expressifs...) ou encore d'un trait vestimentaire singulier (port de lunettes, cosplay...).




Cela pourra surprendre mais l'adjectif "moe" n'a pas d'origine confirmée. Si certains pensent que le mot est apparu en raison du personnage Hotaru Tomoe (Sailor Saturne) de la célèbre saga Sailor Moon ou de Moe Sagisawa issue de la série Kyouryû Wakusei (La Planète des Dinosaures), d'autres y verront plus un lien avec le verbe "moeru" (signifiant "germer" ou "brûler" en japonais) pouvant rappeler l'affection brûlante ressentie par les fans pour l'héroïne.



Bien entendu, l'expression "moe" au départ avait un petit côté underground mais celle-ci a fini par se démocratiser notamment grâce à la célèbre plate-forme de chat japonaise 2channel créée en 1999 et où le nom était employé quotidiennement. Aujourd'hui, le mot "moe" est devenu populaire à tel point qu'une grande majorité arrive à comprendre son concept. Toutefois, nous n'avons pas tous forcément la même approche du terme puisque celui-ci possède plusieurs déclinaisons déjà connues de la japanime (cf. image de fin de chapitre). On peut du coup apprécier le moe dans son principe sans pour autant en aimer toutes ses facettes.





Malgré cette diversité qui le caractérise, les otaku s'accordent à dire que derrière l'expression "moe" se cache un sentiment de pureté. En effet, les jeunes filles vérifiant le terme sont empreintes d'une innocence enfantine souvent forcée par les studios afin de donner au spectateur cette envie de les protéger. Peuvent être alors utilisées des fragilités émotionnelles dans le but d'accentuer ce sentiment protecteur. Rikka, avec la mort de son père, en est le parfait exemple dans Chûnibyô demo koi ga Shitai!. Ajouté à cela, beaucoup d'héroïnes moe font généralement preuve d'une certaine maladresse et se révèlent d'une grande naïveté vis-à-vis du monde qui les entoure mais aussi vis-à-vis du sexe opposé. Il ne faut pas l'oublier, derrière cette innocence qualifiée précédemment, se cache également le fait que les personnages moe n'ont aucune expérience sexuelle. Ce détail connote une certaine idéalisation de la femme par certains otaku et va nous amener à réfléchir sur la deuxième partie qui entraîne souvent des débats relativement controversés.



Maid : personnage féminin s'habillant en soubrette.

Tsundere : personnage féminin apparaissant au départ comme caractérielle, difficile à approcher, mais révélant par la suite un côté tendre et affectueux. La tsundere a généralement du mal à laisser parler ses véritables sentiments.

Neko : personnage féminin portant un cosplay de chat (souvent cantonné aux oreilles et à la queue).

Yandere : personnage féminin apparaissant à première vue comme un être innocent, plein de gentillesse mais pouvant dévoiler en arrière-plan une personnalité d'une rare violence, généralement par amour. La yandere est souvent considérée comme psychologiquement instable.

Loli : jeune personnage féminin ayant habituellement moins de treize ans.

Imôto : personnage féminin étant la petite sœur d'un protagoniste.

Megane : personnage féminin portant des lunettes.





Un des éléments certains à propos du moe est que celui-ci ne fait pas l'unanimité que ce soit du côté des fans de japanime ou même du côté des auteurs japonais. On peut entre autres parler de Hayao Miyazaki qui a répondu au cours d'une interview ne pas apprécier le terme qu'il trouve quelque peu subversif.

On peut comprendre de tels propos car soyons honnêtes, plusieurs déclinaisons du moe (megane, maid, neko...) tendent vers le fétichisme et décrivent par conséquent un certain engouement sexuel. La vision du spectateur vis-à-vis de ce type de personnage n'est donc plus aussi "pure" que la définition donnée au début de l'article semble le suggérer. On trouve effectivement dans cette situation précise une certaine perversion mais cette dernière est malgré tout, à mon sens, bien plus décente qu'on aime à le penser. Cet aspect fétichiste a en effet été bien illustré dans différentes séries comme Kyoukai no Kanata pour le côté megane ou encore Stein's;Gate avec Itaru qui incarne parfaitement l'otaku japonais de base. On constate dans ces deux œuvres que les personnages assument totalement leurs penchants et révèlent certes une perversion, mais celle-ci reste bon enfant dans le sens où elle n'infériorise jamais la position de la femme dans la société.

Ce qui inquiète vraiment Miyazaki, c'est que le moe tende justement à chosifier la femme. Les nouvelles portes qu'il ouvre laissent forcément entrevoir de nouveaux fantasmes aux otaku. À la vue des critères propres au moe, on peut craindre une certaine envie de facilement "contrôler" les personnages en raison de leur grande naïveté. L'exemple le plus flagrant jamais mis dans l'animation japonaise est bien entendu celui de Rei Ayanami avec la célèbre saga Neon Genesis Evangelion. Cette dernière correspond parfaitement à l'idée de la femme soumise, respectant au début de l'animé les règles qui lui sont imposées. À travers elle, Hideaki Anno sait qu'il va gagner l'intérêt de tous les otaku japonais dont il connaît parfaitement les goûts. Ce qui est intéressant de souligner, c'est que Rei est à la base moe puisqu'elle respecte tous les codes que nous avons déjà énoncé, mais Anno va jouer avec le spectateur afin de faire ressentir pour ce personnage à l'âme innocente, un désir de possession en utilisant la nudité (tout le monde se rappellera de la scène où Shinji ramène ses devoirs à Rei). On entre toutefois ici dans le registre de l'ecchi, ce qui montre dans un premier temps que moe et ecchi peuvent aisément cohabiter mais aussi qu'il est très facile pour un auteur de dévier le moe afin d'en faire ressortir un sentiment de perversité. Avec ce regroupement de codes, Rei a été fortement idolâtrée et est devenue à l'époque un fantasme pour beaucoup d'adolescents.




On peut également se souvenir du buzz qui a parcouru la toile en 2008 concernant la série Kannagi. Le personnage de Nagi a connu un énorme succès justement pour son côté moe assumé mais, vers le milieu du manga, l'auteur a annoncé qu'elle avait eu un petit ami. Il venait alors en tête que celle-ci n'était plus vierge, ce qui forcément, cassait l'image du moe dont elle était une icône pour beaucoup. De nombreux fans japonais particulièrement mécontents ont alors décidé de brûler l'intégralité de leur collection et de boycotter la série tout en reniant l'existence du personnage. À ce stade, il paraît alors évident que le moe peut entraîner un sentiment de possession intense tournant presque à une fixation sur un personnage fictif concernant certains fans. Peut-on toutefois reprocher au moe ce qu'il s'est passé? Évidemment non, sur les forums anglais et français, tous les fans ont facilement accepté la nouvelle et ont trouvé ces agissements totalement inappropriés en sachant que l'auteur a été suite à cela hospitalisée, devant alors stopper pendant un certain temps son manga (ne jamais sous-estimer le stress auquel sont soumis les mangaka au Japon). Même si cela sort du thème de l'article, on comprend facilement face à de tels actes pourquoi de nombreux auteurs respectent scrupuleusement les codes de la japanime, quitte à ne pas faire preuve d'originalité, dans le seul but de satisfaire un public visé peu enclin aux changements.

Ce qu'il faut souligner, c'est que cette perception extrême du moe est en partie propre au Japon. En effet, pour des raisons économiques que nous verrons plus tard, la société japonaise contribue fortement à faire ressentir aux adolescents une excitation face à des personnages fictifs qu'une partie de ces jeunes va alors développer. L'image que leur renvoie le monde adulte les amène également à rejeter leur futur et à se rattacher plus facilement à un monde 2D dans lequel ils ne retrouvent pas les contraintes rencontrées dans la réalité. Attention toutefois à ne pas généraliser ces propos à tous les otaku japonais. Cela ne signifie pas pour autant d'ailleurs que la vision européenne du moe n'est pas pervertie de son côté mais qu'elle est malgré tout atténuée en ce sens.


À la vue de ces faits, il paraît clair que le degré d'affection ressenti vis-à-vis d'un personnage moe diffère selon les individus tout comme la manière de traiter le moe par les auteurs qui peuvent facilement modifier la vision du spectateur à l'aide de l'ecchi où d'un événement cherchant à amoindrir la capacité physique ou psychologique de l'héroïne. Il devient alors difficile de faire des généralités quant à la perversité ressortant des différentes déclinaisons du moe, à l'exception peut-être de celles prônant le fétichisme qui elles, par définition, en possèdent plus ou moins à faible dose. Finalement, comme le disait Theotenai sur notre forum lorsque nous avions abordé ensemble le sujet : "Tout est question de dosage. La perversion est toujours là où il y a excès et nulle part ailleurs".






Au début de son apparition, le terme "moe" ne servait qu'à décrire un simple sentiment d'affection ressenti pour certains personnages de l'animation japonaise. Le critère n'était pas encore entièrement défini mais a été affiné par les otaku eux-mêmes au fur et à mesure des années. À la vue de l'engouement suscité autour des héroïnes ciblées, auteurs et éditeurs ont rapidement compris qu'implémenter la caractéristique moe à un seul personnage leur assurait de capter l'attention du public visé et ainsi, éviter un quelconque échec pour leurs divers projets. On s'aperçut rapidement par ailleurs que ce public était peu regardant sur l'argent à débourser afin d'acquérir les différents produits dérivés concernant l'héroïne en question.

Ne nous y trompons donc pas, l'apparition grandissante du moe dans l'animation japonaise est à la base purement commerciale et a l'avantage encore aujourd'hui d'offrir une variante au ecchi déjà surexploité de son côté. Le moe ouvrant de nouveaux horizons, apparaît alors comme une nouvelle force économique et se retrouve par conséquent décliné de toutes les manières possibles. Étant donné qu'il suffit qu'un produit vérifie les codes pour que celui-ci voit ses ventes explosées, le filon est utilisé sous toutes les coutures. On peut par exemple citer le jeu de cartes en ligne, Kantai Collection, mettant en avant des personnages moe comme héroïnes, chacune représentant un vaisseau japonais utilisé lors de la Seconde Guerre Mondiale. Le but consiste simplement à bien gérer sa flotte afin de conquérir les différents territoires. Le concept, particulièrement décalé, fait sourire mais le jeu connaît un énorme succès au Japon (deux millions de joueurs) et a d'ailleurs été décliné sous la forme d'un animé en janvier 2015.



Du côté de l'animation justement, le moe s'intégrant parfaitement dans des œuvres typées tranches de vie et donc dans un registre comédie, les auteurs se sont mis à décortiquer les codes appréciés par les otaku afin de développer des clichés humoristiques propres à ce dernier. On retrouve ainsi assez régulièrement la fameuse chute impromptue, la peur effrénée des insectes ou encore le goût pour les sucreries, procédés permettant d'infantiliser davantage les personnages. Le succès étant au rendez-vous, est alors arrivée l'idée de généraliser le moe dans une œuvre en appliquant ses codes non pas à un mais à tous les protagonistes féminins de la série. Problème, les adultes et notamment les enseignantes, personnages récurrents de la japanime sont automatiquement exclus de la catégorie moe en raison de leur âge. Afin de contourner cela, il a été décidé de rajeunir physiquement ces dernières et de leur attribuer un caractère de célibataire endurcie se traduisant souvent par le goût à l'alcool et les nombreuses complaintes vis-à-vis des hommes et la solitude. On aperçoit ce type de personnalité par exemple dans Lucky Star avec l'enseignante de Nanako, ou encore dans Toaru Majutsu no Index avec Tsukuyomi Komoe qui possède quant à elle le physique d'une enfant de dix ans. Non seulement le problème est résolu mais il aboutit en plus à une nouvelle forme d'humour appréciée du public qui sera réutilisée par d'autres œuvres (Sawako de K-On, la mère de Zenkichi dans Medaka Box...).


À ce stade, le moe a beau être généralisé dans plusieurs animés, il ne peut être défini en tant que genre car sa présence n'est pas encore la principale composante de ces derniers. On le retrouve toutefois de manière très prononcée dans les visual novel à caractère poétique du studio Key tels que Air TV, Kanon ou encore Clannad adaptés ensuite par le studio Kyoto Animation. Au cœur de la mouvance et fort de sa réputation, ce même studio continuera sur sa lancée et s'occupera notamment de séries de renom imprégnées par la culture moe comme Lucky Star ou encore La Mélancolie de Suzumiya Haruhi. Mais c'est en 2008 que Kyoto Animation adapte le manga qui va véritablement servir de déclencheur pour propulser le moe vers un stade plus avancé. Issu de l'imagination de Kakifly, K-ON! est en effet la première œuvre à incarner l'essence même du moe. Mettant en scène des adolescentes montant un petit groupe de musique, la série respecte et utilise tous les codes à la lettre en poussant le style à son paroxysme quitte à tomber parfois dans l'excès. Résultat ? La franchise connaît un succès retentissant au Japon ce qui lui vaudra d'être déclinée en deux saisons, puis de voir une suite sortir au cinéma. Pour donner un aperçu de l'engouement du public, durant l'année 2011, date de sortie du film, on dénombrait environ 1050 goodies différents qui ont généré 192 millions d'euros de bénéfice, la saga devenant par ailleurs la première à dépasser en février 2011 les 500 000 Blu-Ray vendus. Au delà des chiffres, K-ON! restera dans les annales de la japanime comme étant la série à avoir transposé d'un pied ferme le moe du stade de simple outil, utilisé pour attirer le public otaku, à un genre à part entière.


Après de nombreuses années à tâtonner, à voir son concept être développé par une communauté ayant de fortes attentes, le moe est parvenu à travers K-ON! à prendre une toute autre dimension. Toutefois, à ce moment là, le genre n'en est encore qu'à ses balbutiements, l’œuvre du studio Kyoto Animation n'étant au final qu'un essai qui a certes connu le succès mais en offrant un moe brut de décoffrage et manquant parfois de subtilité. Toujours en phase d'évolution, le style a continué de s'affiner par rapport à 2008 et l'on a vu apparaître régulièrement des œuvres réempruntant avec plus ou moins de réussite la route tracée par K-ON!. En 2010, après "l'échec" de Sora no Oto aux qualités plus que discutables, peu de personnes pourtant pensaient que le moe pouvait intervenir de manière positive dans des séries avec un scénario plus riche. Plus critiqué que jamais, il faudra attendre deux années supplémentaires pour que les auteurs, en collaboration avec les studios, ajustent tous les aspects du moe afin de l'utiliser en nuançant ses multiples traits, tout cela dans le but de pouvoir le mélanger avec différents genres. C'est ainsi que des œuvres comme Hyouka, Chûnibyô demo koi ga shitai!, Hanasaku Iroha ou encore Kyoukai no Kanata ont vu le jour en parvenant à conquérir un plus large public en terme de diversité de goûts que n'avait pu le faire K-ON! à son époque. Aujourd'hui, le moe est du coup plus facilement accepté par la majorité car il a démontré à travers ces différentes œuvres pouvoir apporter une réelle utilité en terme d'émotions finissant ainsi de se démocratiser totalement auprès de tous les passionnés d'animation. Ce qui n'était au final qu'un mot utilisé par une minorité d'otaku au départ est, après bien des étapes, devenu aujourd'hui un genre connu de tous.



Ceux qui me connaissent le savent, le moe a toujours eu une place particulière dans mon cœur et c'est en ce sens que lui consacrer un article devenait pour moi une obligation. Beaucoup de travaux anglophones plus ou moins complexes ont déjà été publiés sur ce thème mais aucun n'avait regardé l'évolution du moe jusqu'à aujourd'hui. J'espère sincèrement que ce document, pour lequel je me suis efforcé de garder une vision neutre, parviendra à vous faire comprendre ce phénomène d'une part mais surtout, réussira à vous donner une vision claire de l'étonnant chemin parcouru de ce qui n'était, il y a quinze ans de cela, qu'une simple expression utilisée par une minorité d' otaku. Si en 2010 j'avais prévu que le moe allait subir une évolution dans les années à venir, je pense pouvoir dire aujourd'hui que celle-ci est presque terminée. À mon sens, le moe a atteint sa forme finale. Toutefois, ce qui est certain, c'est que de nouvelles variantes au niveau de l'humour vont apparaître en son sein et que l'on retrouvera de plus en plus souvent le genre dans les futures adaptations de light novel. Je doute cependant que l'on réatteigne un jour le succès de K-ON! qui doit en partie le sien au fait d'avoir été un précurseur dans le domaine.

Arrivé au bout de mon argumentation, il est maintenant temps pour moi de poser le stylo en espérant que si un jour on vous demande "Qu'est ce que le moe ?", vous vous souviendrez de ces quelques mots...

Remerciement spécial à Kenji Shinoda pour s'être occupé de la correction de l'article et à Kaorisuzuchan pour la dernière relecture.

N'hésitez pas à venir discuter de l’article sur .

Le 12-11-2014 à 19:53:25 par : Syaoran

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