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« Summer Wars », l'invocation de nos spectres numériques ?


Summer Wars débarque en France en sonnant le tocsin, agitant fièrement son drapeau dans les médias français. Rares sont les animés disposant d’une couverture médiatique si étendue, hormis les œuvres de Hayao Miyazaki, bien sûr. Le Monde, Libération, Première et bien d’autres jouent de leur plume, visiblement excités par une œuvre prometteuse, du moins sur le papier. L'engouement suscité est probablement lié à des raisons mercatiques, mais aussi à l’ambition du thème choisi par le réalisateur de La Traversée du temps et de l’immense premier film de Digimon (à vous de voir en cet adjectif une once d’ironie ou l’expression d’une adoration sans limites…).

Une réflexion sur l’existence virtuelle, voici ce que nous propose Summer Wars. Les réseaux sociaux nippons sont au cœur de ce récit qui emmène Kenji Koiso, jeune étudiant, au cœur de Nagano, mais surtout au cœur d'Oz, qui devient son autre monde. Oz, ce nouveau monde d’une blancheur aussi paradisiaque que glaciale, en définitive composé uniquement de 0 et de 1, semble bien loin de la végétation luxuriante et ensoleillée de la campagne de Nagano.

Dans le monde d'Oz, Kenji (ou son avatar) devra faire face à une crise apocalyptique dont les répercussions dépassent les frontières numériques pour des raisons bien humaines, telles que la cupidité, la haine, la jalousie ou l’amour. Contrairement aux autres œuvres couvrant le même sujet, Summer Wars s’applique, dans un registre de comédie et de ludisme inhabituel face aux ténors du genre comme Serial Experiments Lain ou Ghost in the Shell, à détailler nos comportements et ceux de nos aïeux, face à cette « révolution » virtuelle, qui finalement n’est qu’une (r)évolution sociale. Du moins, c’est probablement ce qu’essaie de nous dire Mamoru Hosoda.


Les réseaux sociaux, quoi que l’on puisse en dire, influent de manière significative sur notre façon de communiquer, de dialoguer, de penser. La tragédie qui frappe le Japon en est la démonstration, le Web devient le monde, et l’inverse est probablement en marche. Le film Summer Wars, de Mamoru Hosoda, aux allures bien banales, demeure une belle description du phénomène réseau social au Japon, incomparable avec celui ressenti chez nous, voire en Occident.

Outre les différences techniques que nous évoquerons par la suite, un mode de communication semblable à celui d’Oz, un mode de vie numérique tentant de transcender l’existence, est né. Il paraît donc bien léger, voire naïf, de considérer, comme nous, Occidentaux, le faisons, les réseaux sociaux comme de simples outils de communication au service de l’homme. Il s’agit bien là d’une extension de la condition sociale. Exister sans présence numérique ? Légitime mais marginal, un peu comme ne pas regarder le football à plus grande échelle, finalement. Ne pas posséder de compte Facebook est comparable, bien souvent, à ne pas connaître le score OM-PSG de la veille et s’en contrebalancer : nous en avons le droit, mais nous nous mettons à l’écart d’une communauté virtuelle qui grignote tendrement la société actuelle.


En Occident, nous avons le monstrueux « Facebook », ou « Face-de-bouc », ou encore « Fessebouc » comme aiment à le désigner les détracteurs typiquement français de tous phénomènes sociaux. Cette plateforme rassemble cinq cents millions de membres, du moins c’est ce qu’elle proclame haut et fort. Cependant, malgré ce chiffre gigantesque, il est intéressant de remarquer que ses membres sont majoritairement situés en Occident, plus précisément aux États-Unis et en Europe. Malgré la volonté d’expansion du géant, Facebook peine à percer en Asie, ce qui a le mérite d’attiser notre curiosité. Pourquoi donc ce frein ?

Facebook fonctionne sur un principe de base très simple : la présence et la représentation d’un individu dans un monde virtuel (parallèle ?), dans lequel vous et surtout votre cercle d’amis êtes présents ; l’exaltation du moi et de son cortège de connaissances, fournissant gratuitement pléthore d’informations sur eux-mêmes, pour leur minicommunauté ou le monde entier. Une extension numérique du moi. C’est probablement là une différence notable dans l’utilisation d’un réseau social, Facebook n’étant qu’une présence symbolique sur un réseau virtuel, un outil de communication communautaire. Au Japon (la Corée du Sud prend le même chemin), le réseau social Mixi, qui dispute la place de leader avec Gree et Mobage Town, propose des services quelque peu différents. Comme l’illustre parfaitement le film Summer Wars, la mobilité est au centre du développement des réseaux sociaux japonais, et c’est là la différence fondamentale entre les deux mondes virtuels s’affrontant sur les deux parties du globe.


Pour vous connecter à Mixi, vous devez posséder un numéro de mobile, ce qui n’est guère le cas dans les réseaux sociaux occidentaux, où l’accès mobile est une option, limitée et douteuse, se contentant d’un simple accès aux messages ou à des notifications SMS. Il est même courant d’entendre un Japonais ou un Coréen vous dire combien il est difficile de communiquer par le bais d’un clavier de PC ! En France, comme chez nos voisins, nous maugréons pour l’inverse, notre pouce n’est définitivement pas coutumier du message mobile.



Cette nouvelle forme d’existence, qui ressuscite parfois des esprits sacrifiés sur l’autel de l’uniformité contemporaine dans une autre dimension numérique, grâce à des réseaux sans fil publics performants et couvrant une grande partie des zones habitées, n’est pas, contrairement à Facebook, une simple représentation de l’individu sur la Toile, mais bien une existence à part entière, symbolisée et mise en exergue par un avatar, second point primordial des réseaux sociaux nippons. Ces derniers, comme l’illustre toujours Summer Wars, sont loin d’être aussi insignifiants et interchangeables que ceux utilisés en Occident, la plupart du temps dans les forums. Ils définissent une personnalité, une sensibilité et ne sont pas à prendre à la légère. Il ne s’agit donc pas ici d’anonymat ou de masque, mais d’existence virtuelle.

Le troisième point fort de ces plateformes sociales est l’importance des jeux qui y sont disponibles en tout lieu et à chaque instant. Comme le démontre Summer Wars, le nombre de jeux mobiles et la qualité de leur développement témoignent de l’importance qui leur est accordée par la génération numérique. Là où, en Occident, Farmville apparaît comme une distraction ludique entre 18 et 20 heures pour éviter les niaiseries cathodiques et passer le temps avant de passer à table, au Japon, le jeu vidéo mobile est en passe de devenir, et est peut-être déjà, un média à part entière.

Dernier aspect numérique, et pas des moindres, le blogage et le microblogage. Selon diverses études, une grande partie de l’activité Internet nippone provient de la mise à jour de blogs et, plus récemment, de microblogage, qui, permettons-nous une hypothèse, sera sans doute le système de représentation virtuelle qui remplacera finalement Facebook.


Lors de la tragédie que le Japon a connue et connaît encore à l’heure de l’écriture de ces lignes, Twitter annonçait mille deux cents messages par minute, démontrant l’importance accordée aux réseaux sociaux et leur profonde intégration dans la société nippone.

Le Ghost (pour les connaisseurs…) de chacun serait-il donc en train de naître ?



Pour poursuivre l'analyse, voici quelques liens utiles :
— SlideShare ;
— Blog d'Olivier Mermet ;
— Le JDD.fr.


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Le 30-05-2011 à 18:43:46 par : ReiAyanami

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